dimanche 18 août 2013

Sans courage…

Escalier volé


SANS COURAGE
" Il faudrait un neuf courage
à celui qui rentre chez soi
mais il n’y a que temps, espace
un bout de ciel pervenche
montant l’escalier
il entend seriner
Dieu est mort
l’homme aussi
il s’arrête, le silence l’éblouit
il redresse sa face
pour continuer jusqu’aux mansardes
presque vides sauf pour l’enfance. "
Jean Follain

L'éternel retour


© http://vonshollywood.blogspot.fr/


Retour du rédacteur.

dimanche 14 avril 2013

"Voilà la position dont il faut repartir…"

Singe volant volé sur Usage du jour

"Tu as bien tort de t'angoisser de vieillir ou de t'angoisser de n'importe quoi, car il faut s'en foutre, se foutre de tout, renoncer à tout, jeter tous manches derrière toutes cognées, se suicider théoriquement, et se survivre en position de surcroît posthume hors jeu. Voilà la position dont il faut repartir."

Jean Dubuffet, Lettre à Jacques Berne, 22 juin 1950

lundi 18 mars 2013

"C’est moi – le premier et sans doute le seul de mes problèmes : le seul, l’unique de tous mes héros auquel véritablement je tienne."







Witold Gombrowicz - Entretien 01/01/1970 /Gilbert-Maurice Duprez .
[ Enregistrement Audio Intégral ]

"L’art se crée parmi des hommes vivants et concrets, donc imparfaits. Il pullule de nos jours, ce genre de style qui vous fatigue et vous torture et vous arrache les boyaux, né d’une recette cérébrale, et fabriqué par des gens tout bonnement mal élevés. Il faut que votre verbe vise a tteindre les hommes et non les théories, les hommes et non pas l’art."
Journal, 1954


"Imaginez-vous mon “Journal”, Dominique, comme l’intrusion dans la culture européenne d’un paysan, d’un Polonais campagnard, avec toute la méfiance et le réalisme du paysan."

Testament. Entretiens avec Dominique de Roux

"N’empêche qu’on saurait à peine imaginer destin plus ironique : qu’il faille encore que moi, dans mon abîme, dans mon éloignement océanique, je me sculpte moi-même de ce brouillard, et que cette brume, cette nuée de vapeur, je la transforme en poing !"
Journal, 1963

"Ainsi, moi, je veux parler. Mais il me faut aussitôt avertir le lecteur : rien de tout ce que je dis n’est catégorique – tout est hypothétique... Tout. Oui, tout - et pourquoi le cacher ? - dépend de l’effet produit sur vous. Tel est le caractère qui détermine ma production littéraire. J’essaie divers rôles. "

"Ne vous laissez pas terroriser. L’expression « moi » est tellement essentielle, tellement fondamentale et remplie des réalités les plus tangibles et les plus sincères, c’est un guide infaillible et une pierre de touche tellement rigoureuse que, loin de la mépriser, nous devrions plutôt nous mettre à genoux devant elle. Je manque encore, semble-t-il, de fanatisme dans ma passion pour ma propre personne, et de même n’ai-je pas su – par peur des autres- me donner à cette vocation qui m’incombe et creuser suffisamment la question. C’est moi – le premier et sans doute le seul de mes problèmes : le seul, l’unique de tous mes héros auquel véritablement je tienne."

Journal, 1954

"Ma souveraineté, mon indépendance, et même mon insolence joyeuse, mon je-m’en-foutisme général, ma provocation permanente, ma confiance exclusive en moi-même, tout cela vient de ma situation sociale et géographique. J’étais contraint de n’avoir d’égards pour personne car personne n’en avait pour moi. Je me suis formé dans un isolement presque complet ; je présume que peu d’écrivains en ont subi un pareil. A peine remarqué, négligé dans la Pologne d’avant-guerre, puis écrasé par la guerre, ensuite mis à l’index par le régime communiste, et maintenant, ici, en Argentine. […] 
Je suis devenu audacieux car je n’avais vraiment rien à perdre : ni honneurs, ni bénéfices, ni amis. Il fallait que je me retrouve face à moi-même et que je m’appuie sur moi-même car je n’avais personne d’autre sur qui m’appuyer. Ma forme, c’est la solitude."
Journal, 1958

« Je suis le self-made-man de la littérature. »

Witold Gombrowicz

Les citations ci-dessus
sont empruntées
au riche site consacré 
à Witold Gombrowicz

DESSERT :

GOMBROWICZ ET "LA MAUDITE TARTE AUX POMMES"

"En France, vous êtes condamné à la maudite tarte-aux-pommes, partout vous êtes menacé par la tarte-aux-pommes, vous ne pouvez pas vous échapper de la tarte-aux-pommes, jamais…"



samedi 9 mars 2013

" Les femmes, le sein nu courent, impudentes et lubriques, dans les rues ; les hommes brûlent d’une ardeur de bouc. "




Alfred Jarry, Le Moutardier du Pape


Le Grand Muletier : 
"Le Pape sait tout faire très bien, c'est son métier : 
il est infaillible."

Alfred Jarry, Le Moutardier du pape

On peut feuilleter en ligne et télécharger
le PDF de l'Édition Originale
sur le riche site de la B.M. de Laval 





« Seigneur, j’arrive d’Italie. De Naples. J’ai d’horribles choses à te rapporter. Les marécages du péché envoient jusqu’au ciel leurs effluves empestés ! Tous les liens de la décence sont relâchés ! On se gausse des Saints Commandements que Tu as toi-même donnés sur le Sinaï. La ville assiégée par le roi des Français, s’adonne aux plus effroyables abominations. Les femmes, le sein nu courent, impudentes et lubriques, dans les rues ; les hommes brûlent d’une ardeur de bouc. Le vice répond au vice. La mer reflue jusque dans les ruelles et le soleil déjà s’est obscurci, mais nul ne prête attention aux signes, qu’ils soient terrestres ou célestes ! Plus de distance entre les classes ! Le roi fréquente les lupanars, tandis que le faquin pénètre dans le palais pour aller trouver les vénales concubines ! Les chiens et les coqs, certes, connaissent l’époque du rut, mais les Napolitains, eux, sont des animaux tout au long de l’année ! La ville tout entière est une immense chaudière où bouillonnent les passions. Si l’Italie est de tous les peuples d’Europe celui que l’amour rend le plus fou, Naples est à l’Italie ce que l’Italie est à l’Europe ! Le siège de la ville a porté la frénésie sexuelle au paroxysme de la démence. Point d’égards pour la vieillesse, point de pitié pour la jeunesse ! On promène par les rues, en cortège de fête, des membres virils d’une taille colossale, telles des divinités ; les jeunes filles les entourent de leurs rondes et les adorent comme des idoles toutes-puissantes. Et dans Ton Église, j’ai vu le prêtre devant l’autel, avec une créature vénale ! »
Une tragédie céleste en cinq actes
Traduction revue et augmentée 
par Pierre Gallissaires
coédition Agone / Cent Pages

samedi 2 mars 2013

"Un sale petit ciel de dix heures du matin en plein après-midi, un sale petit ciel de ville avec de la fumée dans les coins."






Alain Gheerbrant vient de disparaitre à l'âge de 92 ans. Ce poète et "voyageur révolté et ludique", explorateur, ethnologue, publia après guerre la revue et les éditions K, qui donnèrent certains des plus grands textes d'Antonin Artaud, dont Main d'ouvrier et main de singe — que je ne lus pas pour rien quand j'étais gamin. L. W.-O. 


Un extrait de son livre sur l'Orénoque :

" En sortant de l'avion je fus déçu.
Il faisait froid jusqu'au cou, aigre jusqu'aux oreilles. Il pleuvait. Un sale petit crachin d'octobre mal éveillé.
Un sale petit vent de Toussaint.
Un sale petit ciel de dix heures du matin en plein après-midi, un sale petit ciel de ville avec de la fumée dans les coins.
Qui comprendrait ce que je venais chercher ? Il suffisait que je veuille parler, que je tente de m'expliquer pour que cessent les conversations et que s'arrêtent les gens avec impatience autour de moi.
«Alors ! disaient tous ces regards, il se dépêche, oui !»
Il me semblait être tombé encore une fois dans un monde qui n'avait plus de temps à perdre.
Il me fallut ruser, cacher au fond de ma poche dans mon poing serré, le rêve qui m'amenait là, ne le montrer qu'à la dérobée, dans l'ombre des porches et dans les rues du peuple, lézardées de nuit, et dans les cafés allumés comme des étoiles au bout de la ville.
Le monde était recouvert de craie, c'était une nuit de plein jour, et par où la traverser ? Je cherchai le fil.
Quand tout un peuple fut mort ou noyé dans l'alcool, une politique rigoureuse s'instaura dans l'ordre et la dignité. Ce fut elle qui entreprit de tout restaurer et qui pansait plaies et cratères en ce mois de septembre où j'arrivai. Tout était nettoyé, plâtré, bétonné, mais le 9 avril fumait encore dans les hauts comme dans les bas quartiers.
À Bogota où j'arrivais en septembre 1948 pour chercher un monde oublié mais qui continue d'exister, il fait froid et l'eau bout à quatre-vingt-cinq degrés sur deux mille six cent trente mètres de montagnes et de rochers.
À quatre degrés en contrebas, sur la barre rouge de l'équateur, chantent les singes et les perroquets posés, l'air est plein d'eau et les palmiers font place à la forêt où marchent nus, couverts des plumes du musée, les caciques, les sorciers et les guerriers. Depuis l'aéroport de Bogota où je débarquai, il me fallut huit mois pour attraper le fil de la rampe qui passe par les orchidées, les musées, les hauts et les bas quartiers, et qui descend jusqu'où j'allais m'aventurer."

Alain Gheerbrant


jeudi 28 février 2013

"Every Time We Say Goodbye…"




"Chet Baker. En regardant Let's get lost, le film que Bruce Weber lui a consacré, on comprend que ce n'était pas le velouté déchiré de sa musique qui était à l'image de sa vie, mais l'inverse."

Frédéric Schiffter, Délectations moroses
Le Dilettante ed.


Je ne saurais vivre sans la musique de Chet Baker, sans pouvoir à tout moment écouter du Chet Baker, à tout moment opposer la grâce sublime de cet ange aux assauts du vampirisme général, me mettre sous sa protection quand surgissent les démons, retrouver le "la" du vrai chagrin de la vie quand je ne peux pas écouter une seconde de plus l'insupportable boucan des frénétiques amis de la mort, les chants tribaux des bipèdes dynamiques, les unissons de toutes les hordes, les glapissements de l'amitié, les déclarations d'amour, l'appel général, les conseils et les ordres, les sussurations publicitaires, les sonneries des portables, les mélopées des lieux de culte, les déclamations des slammers subventionnés, les haut-parleurs obligatoires, la perceuse des bricoleurs, le moindre intermittent du spectacle, les militants souriants, les barbares percussions matinales des sorteurs de poubelles et des éboueurs, les klaxons des nerveux, les auto-radio à fond avec des voix synthonisées, la France Rires & Chansons, l'esprit Canal Plus, l'ignominie des discours, les jingles en boucle, le baratin des pédagogues, les génériques inoubliables, le brouhaha des talk-shows, les flashes info et les chroniqueurs à la con, le stand-up des comiques officiels, les vies & opinions des pipoles, les coups de sonnette, les coups de freins et d'accélérateur, le couinement des rats cybernétiques, les boîtes vocales, les mots d'ordre et les pin-pons, les réclamations et les indignations, tous ces The Voice qu'on croise, toutes les explications et le pilonnage des sollicitations d'attention, le totalitarisme culturel, les gueuleries identitaires, les fausses notes et les trémolos, tous les couacs et tous les coin-coin, les décibels de la crétinerie, les gazouillis des tweets, la cucaracha des tchats, les messes basses des sms, le tic-tac de la moindre horloge ou machine infernale, et ce qu'ils osent appeler musique…

Vite ! je mets du Chet Baker quand je serais capable de tuer net, pour lui faire fermer sa gueule, le premier qui veut à tout prix que je l'écoute ou qui y croit. 
La télé, la radio, la conversation automatique, la fraise du dentiste, quand je ne puis m'en éviter le calvaire, et même le téléphone, que je décroche si rarement, même les alarmes des vraies urgences de la vie, je ne puis les endurer qu'avec du Chet Baker dans les tympans. Pour oublier le Niagara de tous les chiottes, je mets du Chet Baker. Pour ne plus entendre mes propres organes, je mets du Chet Baker. En tripotant mon ticket d'admission dans le terrifiant silence d'église de ces hôpitaux où plus personne ne hurle, je mets du Chet Baker.
Cet homme chante et joue pour moi : quand je ne m'entends plus, je mets du Chet Baker. 
Quand, livré à moi-même, ma propre bêtise me tympanise, je mets du Chet Baker.  

Il couvre même ces lancinants acouphènes qui me font tourner en bourrique.

Quand j'en suis réduit à ce comble de la Danse de Saint-Guy, la stabulation glaglateuse catatonique, je mets du Chet Baker.

Je fume en play-back : tirant paisiblement sur mon mégot, et rejouant, du bout des lèvres, sur ce muet pipo de papier & tabac, ces mélodies et ces ritournelles que je connais plus que par cœur. De tous mes nerfs et de tout mon sang. Ces chansons catastrophiques qui savent tout sur moi, ces tempos casse-gueule, ces chorus minimalistes qui parlent pour tout ce qui n'a pas de mots. Ce velouté du dernier souffle.


Chet Baker c'est moi, le souffleur de tabac gris.

Fumée ma musique, pour mes beaux yeux : je passe nuit et jour sur  ce nuage, pauvre type ahuri, tenu en lévitation par la magie de cette trompette obsédante, qui m'allège de tout mon gros poids d'homme.

On me cherche tout là-bas en bas ?! : je suis tout là-haut-là-haut.

Une amie m'a offert ce remède absolu : l'intégrale des enregistrements de Chet Baker. Un trésor sonore qui me garantit quelque chose comme un mois d'écoute non-stop. Cet antidote universel, je le porte toujours sur moi. Il tient sur une clé USB,  que je ne cesse de tripoter et faire briller : c'est aussi un talisman. Autrement dit un porte-bonheur. 
Cette petite fiole cybernétique est pleine du plus puissant stupéfiant que je connaisse. Et elle est aussi inépuisable que la bruyante bêtise des hommes est intarissable. Son charme opère dès la première note. Every Time I say Goodbye. Voilà un porte-clés magique, qui ouvre tout seul les portes sinon du Paradis, du moins de celui, artificiel, du plus sublime ravissement. Cela me dispense d'en être réduit, comme tous les cons, à tenter l'effraction avec des rossignols. Et comme on n'entre tout de même pas comme ça dans cet Ibiza des vernis dans mon genre, ils cornent pour qu'on leur ouvre, dans leur vuvuzela.
Tout le boucan des hommes finit vuvuzela.

De tout là-haut-là-haut, je les vois s'agiter, s'énerver beaucoup, exiger l'entrée immédiate, brandir des places gratuites (ou se réclamer d'untel : certains prétendent même qu'ils me connaissent, crient mon nom, ah tu parles !). Que le ciel leur tombe sur la tête !

Mais je n'entends rien, j'écoute Almost Blue, Time after Time


La discrète trompette de cet ange couvre cette trompette du diable, ce bout du bout, bien baveux, de la musique de l'homme, en pvc made in China : la vuvuzela, à une seule note, à portée de toutes les grandes gueules et qui se joue sans les doigts.
Mais même sans l'entendre, je le connais par cœur leur répertoire.


C'est le Crépuscule des Cons, la rengaine d'une seule note, joué par une fanfare de milliards de zombies.

Le barrissement final des lourdauds et des grosses têtes.
Le klaxon absolu.
L'unisson automatique à la portée de toutes les oreilles mortes.
Le pouet-pouet dernier cri.
Le contre-ut industriel qui brise tous les crânes.
L'instrument premier prix pour des continents entiers de derniers des abrutis.
La vraie trompette de la renommée de l'homme.
Embouchée par lui-même.
C'est l'Héroïque du Pétomane, transcrite pour vent de bouche.

L. Watt-Owen








MY OLD ADDICTION
Chet Baker's Unsung Swan Song
par David Wilcox


My old addiction
Changed the wiring in my brain
So that when it turns the switches
Then I am not the same

So like the flowers toward the Sun
I will follow
Stretch myself out thin
Like there's a part of me that's already buried
That sends me out into this window

My old addiction
Is a flood upon the land
This tiny lifeboat
Can keep me dry
But my weight is all
That it can stand

So when I try to lean just a little
For just a splash to cool my face
Ahh that trickle
Turns out fickle
Fills my boat up
Five miles deep

My old addiction
Makes me crave only what is best
Like these just this morning song birds
Craving upward from the nest
These tiny birds outside my window
Take my hand to be their mom

These open mouths
Would trust and swallow
Anything that came along

Like my old addiction
Now the other side of day
As the springtime
Of my life's time
Turns the other way

If a swan can have a song
I think I know that tune
But the page is only scrawled
And I am gone this afternoon
But the page is only scrawled
And I am gone this afternoon

words by David Wilcox





lundi 25 février 2013

"Sur du papier de lune rêche…"


La Lune par Johannes Helevius, 1645
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(Plus tard, en m'en allant) : "Restez encore un peu", m'invita-t-elle : "de toute façon il faut que j'attende Lore, je n'irai pas me coucher avant". Mais je sortis; elle aussi a envie d'être seule de temps en temps; pour faire sa toilette ou ceci ou cela.
Il est minuit lune d'or : solitude de la place, léger souffle de vent transi. Chiottes noires. De retour dans l'espace bleu, je m'envoyais des giclées d'eau froide à pierre fendre jusqu'à ce que ça ballonne à la ceinture.  À l'intérieur j'écrivis sur du papier de lune rêche :
Poète : si le peuple t'applaudit, interroge-toi : qu'ai-je fait de mal ?! S'il t'applaudit aussi pour ton second livre, jette ta plume aux orties : jamais tu ne seras un grand. Car le peuple ne connait de l'art que l'art floral et culinaire (pas de malentendu : ces artistes-là sont peut-être des hommes de bien mais des mauvais musiciens !) — L'art pour le peuple ?! : le peuple jappe et se pâme de plaisir quand il entend le Chant de la Volga de Tsarévitch, et reste de glace, s'ennuie à mourir devant l'Orphée du Chevalier Gluck. L'art pour le peuple ?! : laissons ce slogan aux nazis et communistes; c'est svp au peuple (à chacun !) d'aller à l'art et non le contraire ! — D'autres amabilités de ce genre me fox-trottaient joyeusement dans la cervelle, mais je m'mis le manteau, pour dormir.
(…)
Vint, vit, stoppa : la lune devait nous en vouloir, elle jetait un éclat cru et barbare sur la paroi de verre qui nous séparait : nous étions face à face comme deux orages : Lore et moi. Alors que le mien devait être livide, son visage sombre propageait une coiffure venteuse et laiteuse. À dire, il n'y avait rien; par conséquent elle eut juste un rire bref, puis rentra dans la maison. Tourna lentement la clé. Avec une lenteur calculée. (Et déjà, la porte en face s'ouvrait; Grete lui fit de la lumière. "

Arno Schmidt, Brand's Haide, 1951
traduit par Claude Riehl
Christian Bourgois éditeur ©, 1991

C'est dans La Main de singe, en 1991, que Claude Riehl publia les premières pages de cette traduction. Avis aux (très rares) aficionados : je donnerai bientôt quelques "scans" du tapuscrit original, ainsi que du texte paru dans la revue. L. W.-O.

MOONDOG !!!!!

Qui nous dira si Schmidt, farfouillant avec l'aiguille du tuner sur sa radio "boite-à-sucre" tomba un beau jour, ou une belle nuit, sur la musique de Moondog, autre phénomène irréductible ?! Va savoir ce qu'il écoutait vraiment, ce drôle de coco ! 
Ce serait trop beau : qu'il écoutât les mélopées du grand viking de New-York, en pianotant l'alphabet, improvisant en rythme, et sifflotant, tapant de la semelle sur son linoléum !!!