jeudi 16 septembre 2010

« Nous en avons pris peur, qui n’en aurait pas pris peur, allons… après quoi nous avons ri »



"Ton pire cheval", une "rêverie de cimetière" par zerotoutrond, découvert aujourd'hui, dont je recommande les autres videos. On y entend le "Ton pire cheval" de Sing Sing, dont je ne me lasse pas. Je recauserai de ce Sing Sing. Et d'Éloïse Decazes, avec qui il a formé le duo Arlt. Guy Darol les a longuement cuisinés, pour la Revue des Ressources, à l'occasion de la sortie de leur nouvel album, "La Langue". J'en vole un petit morceau :

" Guy Darol : Votre album est humide d’eau de pluie qui semble arroser des entrepôts plus que des villas avec vue sur mer. Dans ces conditions, la rouille l’emporte sur l’exubérante végétation. Vos textes sont écrits sur le motif ? Quel motif ?
Sing Sing : C’est intéressant, ce que vous dites. Cet album a été enregistré avec vue sur la mer, le saviez-vous ? Enfin, voilà ce qui se passe à trop faire les cons avec la voix des morts ! A quelqu’un qui trouvait les chansons parfois un peu sinistres, Eloïse répondait : « Oui mais chanter c’est une joie ». Je suis d’accord. On chante pour célébrer. Même une lamentation, quelque part, c’est une joie. Et puis ce disque, moi, je le trouve parfois rigolo. Ne serait-ce que par ce qu’il trébuche tout le temps. « Nous en avons pris peur, qui n’en aurait pas pris peur, allons… après quoi nous avons ri ».
Tenez, cette après-midi, nous visitions les grottes de Vallorbe, dans le Jura, et je me disais que ça ferait un beau disque, tous ces drapés minéraux, ces stalactites, ces stalagmites, ces lacs d’émeraude avec des reflets changeants. Et puis ces dédales, cet inconfort et l’esprit d’aventure qui nait d’avoir à avancer là-dedans. Le vrombissement sourd, aussi, le côté cradingue et féerique, la mémoire immémoriale, toutes ces beautés dues aux accidents et au hasard. Et la main de l’homme qui finalement a rendu tout ça praticable… En ce qui concerne les textes, la plupart du temps, pas mal de choses s’amassent en marchant… souvent en rond. Je ne note rien ou presque. J’oublie. Ce qui me revient plus tard, en jouant de la guitare, je l’ajuste au rythme, à la mélodie, je le remonte d’oreille, avec d’autres choses. Avec ce qui se surajoute sur le moment, ou bien des trucs plus ou moins fauchés ailleurs, notamment dans la conversation d’Eloïse. Je ne sais pas d’avance de quoi je veux parler. Un peu pompeusement, je dirais qu’on court après des épiphanies. Ce n’est pas le sujet qui nous importe en premier lieu mais le caractère magnétique de la phrase et de ce qu’elle fait en bouche. Ce qui nous intéresse, c’est la voix, la réaction chimique des deux voix entre elles et avec la phrase. Après, littéralement, il semblerait qu’il soit souvent question d’os, de catastrophes imaginaires, de désir plus ou moins anxieux et que ce soit plein de paradoxes un peu couillons. Je ne sais pas ce qu’il faut en conclure.…" (lire la suite)