dimanche 14 février 2016

Un fictionneur tombé du ciel, l'étoile au front : Rayas Richa

Portrait imaginaire de Rayas Richa
par Louis Watt-Owen © 2013
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En ces temps de délire graphomaniaque et d'inflation éditoriale, où 3 français sur 4, selon des sondages, se considèrent sérieusement comme des écrivains, bénissons le phénomène nommé Rayas Richa, un fictionneur tombé du ciel, avec l'étoile au front, lui, pour réjouir les lecteurs qui n'ont pas perdu le sens du goût ni le flair et que les myriatonnes de merde imprimée étalée par les éditeurs sur les gondoles du marché font dégueuler d'avance, au point qu'ils n'y mettent plus, comme moi, les pieds, dans ces commerces effarants qui osent encore s'appeler des librairies.

Avec ce premier livre, Les Jeunes Constellations, qui paraît à l'enseigne de L'Arbre Vengeur, dans la collection L'Alambic concoctée par le bouilleur de cru Éric Dussert, le mystérieux et farouche Rayas Richa s'impose d'emblée comme une évidence aux yeux de qui sait encore ce que lire veut dire.

Ayant eu la veine de pouvoir lire les premières moutures du texte voici déjà quelque longue lurette, et ayant suivi, de loin, ses aventures au pays cocasse de l'édition, j'étais plus qu'impatient de tenir enfin le volume imprimé de ce récit dont le tapuscrit mirifique s'était imposé à mes yeux avec l'évidence déjà d'un livre. Ce fut une surprise remuante de le recevoir, il y a deux jours, offert par l'éditeur : quel Ouf ! sonore j'ai poussé par la fenêtre ouverte de mon premier étage !!!! — il a soufflé la moumoute d'un bipède genre croque-mort, qui rentrait du boulot et ne se doutait pas que c'était pour la bonne cause et que devant un tel miracle on se décoiffe. 

Ces Jeunes Constellations dansent depuis entre mes mains, et je peux même jongler avec, puisqu'on m'en a expédié deux exemplaires (je reparlerai bientôt des autres beaux ouvrages du colis.) Je vais les relire sans tarder, la nuit, cela va de soi, où elles brilleront et clignoteront.

Rayas Richa est un gaillard insaisissable, qui n'est jamais là où l'on croit l'avoir repéré. Vous le croyez encore à traverser le parc des Buttes-Chaumont, il est déjà reparti au Liban. Vous lui écrivez à Beyrouth, il vient de déménager au bord d'un lac helvète près de Zug. Vous cherchez à le joindre dans sa baraque suisse isolée aux lisières, autour de laquelle rôdent renards et loups lettrés, attirés par la bibliothèque du locataire, il a filé à Londres, avec du Lichtenberg et du Hedayat dans les poches. Vous lui envoyez un mail chez les rosbeefs, mais il s'est installé au Luxembourg.

Brèfle… On ne risque pas de lui mettre la main dessus. (En plus, mieux vaut faire un peu gaffe : je ne doute pas que cet aficionado d'Arno Schmidt, taillé (et un tantinet buté) comme Jason Statham, ne soit armé, du moins de paluches qui font réfléchir (et son récent portrait officiel me le révèle effectivement sous des traits de gangster de Chicago ou de dynamiteur à la Bonnot.)

La prose redoutable de ce fictionneur singulier, qui a lu les plus forts et les plus féroces et les plus mélancoliques des auteurs, ne se laisse pas plus saisir que sa personne : elle passera entre les mailles relâchées et molles des grosses ficelles de la critique, et celui qui prétendra l'avoir attrapée par la queue risque d'y laisser des doigts. 

Comme je suis en train d'emballer les cent mille livres de ma bordélique bibliothèque pour changer de tanière dans peu de jours, je n'ai certes pas le temps ni la tête à redire ce que du reste j'ai déjà dit, copieusement, voici quelques mois déjà, à propos de ces Jeunes Constellations. Je redonne sans scrupules cette chronique du 1er novembre dernier, sans y rien changer, car je persiste et signe. 
L. Watt-Owen



UN FICTIONNEUR TOMBÉ DU CIEL, L'ÉTOILE AU FRONT : RAYAS RICHA
Chronique parue sur ce blog le 1er novembre 2015

J'apprends par hasard, sur le site des Belles Lettres, une nouvelle formidable : c'est le 22 février prochain, à l'enseigne de L'Arbre vengeur, dans l'excellente collection L'Alambic dirigée par Éric Dussert, que paraîtra  Les Jeunes Constellations.

Autrement dit : le premier livre d'un gaillard dont je recommande vivement aux lecteurs impitoyables de noter le nom sur leurs tablettes sportives : Rayas Richa. 

Comme ça se prononce : R, A, Y, A, S … R, I, C, H, A… (Mon dieu quel nom de plume ! Et en plus c'est vraiment son vrai ! Il y en a qui ont de la chance ! Vernis par l'Etat-Civil ! Avec un nom comme ça, on ne peut faire qu'écrivain ! Mais écrivain alors là pas comme les autres n'est-ce pas !)

Voilà un fictionneur comme on n'en fait plus. Ces Jeunes Constellations sont le premier volet d'une espèce de saga que certains qualifieront d'historique (époque : les Croisades, etc…). Le tapuscrit fait déjà fureur aux Élysées en édition samizdat à un seul exemplaire que se disputent cruellement à coup de gourdin Walter Scott, Jean Paul Richter, Arno Schmidt, Robert-Louis Stevenson, le grand Claude Riehl & tutti quanti — brèfle : que du beau monde, émoustillé et curieux de cette concurrence sans complexes.

C'est "là-bas en dessous", aux Élysées (pour connaitre l'adresse inutile de chercher sur Google Maps : qu'on lise plutôt le Tina d'Arno Schmidt), où je trafique aux heures creuses des friandises de la surface, que j'ai pu lire la chose, la "louant" pour quelques heures à Nicolas Bouvier (contre un kilo de gruyère). 

C'était voici déjà plus d'un an et demi, et je peux témoigner qu'elle se laisse difficilement oublier, la chose. On en redemande, et si l'auteur n'en ouvrage pas dare dare la suite je lui garantis qu'il aura affaire à mes mains énormes et à mes souliers du 48, de la part de tous les sus-nommés qui enragent de dévorer toute la saga.

Cette nouvelle était certes encore confidentielle, réservée à ces drôles de cocos, les "professionnels" du livre. Tant pis si je me fais asticoter par les Vengeurs Arboricoles ou le bouilleur-de-cru Dussert. Mais j'en romps le secret (et donne même la belle couverture collector car bardée d'un "non définitive"), histoire que cette révélation publique excite d'avance quelques lecteurs dans mon genre et mobilise leur impatience. 

On aura d'ici février tout le temps de s'équiper d'un K-Way noir à profonde capuche, qui servira à la fois à passer inaperçu pour traverser l'Europe dans une époque ancienne et à ne pas se faire trop tremper par la flotte. Une épée, ou au moins un coutelas bien aiguisé, ne seront pas de trop. Et des grosses chaussettes et des gants pour passer les montagnes. Et aussi du parfum Zlatan (à 50 euros le flacon) pour séduire les belles vénitiennes.

Quant aux laborieux romanciers français contemporains, ils pourront aller se rhabiller. Et si ils ont un tantinet le sens de l'honneur qu'ils renoncent à leur graphomanie, ou se tirent dans leur grosse tête l'encre de leur Mont-Blanc. Il n'y a pas photo avec ce fictionneur inconnu. Ah ça non. 

Cet éloge d'avance ne craint nullement d'être démenti. Mais ce n'est là que mon avis, pas du tout humble, de non-lecteur de ces plumitifs, et qui leur dit merde. Et les prévient gentiment qu'avec ce Rayas Richa voici enfin surgir sur le marché le specimen d'une autre race d'auteur : le fictionneur. Il y en aura d'autres, je n'en doute pas, de fictionneurs singuliers qui réjouiront des lecteurs impitoyables dans mon genre et nous feront peut-être retrouver le chemin des librairies. 

Voilà un bouquin inattendu, toujours surprenant et réjouissant en diable.  Foisonnant d'images et détails comme on n'en trouve plus ailleurs. L'ingénuité de ce dingo fait son charme dingue. Ceci est un livre pour coureurs d'aventures, mais aussi pour coureurs d'aventures syntaxiques. 


Autrement dit : il est inadaptable à l'écran (à moins qu'un Sokhourov ne s'en empare). Ce n'est pas un énième film sur papier, ou scénario novelisé d'avance. Certainement pas un "roman" de plus (au diable les romans français et les romanciers français). Et pourtant il y est question d'amour aussi, sur fond de traversée de l'Europe à une époque prébrueghelienne. On s'y croirait. On a froid et faim dans les montagnes. On peste contre la lenteur des canassons et la puanteur des figurants. On en pince pour des beautés. On se retrouve in fine à Venise, éberlué.

Je ne crie pas au chef d'œuvre et au génie surgissant, ces légendes pour les lecteurs à la con. Et ce serait fort lourd à porter pour l'auteur, qui n'en demande pas tant. Je dis seulement que j'ai lu le tapuscrit samizdat de la chose déjà comme un livre qui se pose là et m'en bouche un coin. Dieu sait pourtant si j'étais de mauvais poil et mal disposé. Ce n'était vraiment pas le moment. On ne me la fait pas comme ça ! Je fus bluffé malgré moi.

Cet enthousiasme de lecteur, je ne l'aurai pas rencontré souvent dans cette vie où j'ai pourtant été accablé par des centaines et même milliers de manuscrits dont les graphomanes se prenaient d'avance pour des écrivains. Je me suis dit que ce R.R. avait, lui, l'étoile au front. La grâce d'une audace pour le pur plaisir, sans complexe. Et pourtant sans ignorance de la bibliothèque : ce R.R. a lu d'un œil d'aigle les auteurs les plus forts et les plus réjouissants. 

Et c'est une tête de bourrique qui n'enfle pas mais résiste férocement à la connerie générale comme aux accès ravageurs du cafard le plus noir. Tout le contraire donc des têtes contemporaines. Je n'ai jamais vu cette tête : cet inconnu reste inimaginable mais j'ai vu dès les premières pages que j'avais affaire à un écrivain digne de ce nom. Cela ne me saute pas aux yeux quand je feuillette les produits du marketing sur les gondoles : j'ai alors le sentiment que ceci n'est pas un livre et cette tête de pipe en quatrième de couverture certainement pas un écrivain.

Toutes ces qualités ne garantissent certes pas un succès commercial : au contraire. Mais je suis convaincu que ces Jeunes Constellations brilleront d'un éclat singulier aux gobilles incrédules des lecteurs dignes de ce nom. (En rameuter ici quelques-uns des mois à l'avance n'est donc pas un crime : je connais bien leur rétivité farouche et leur aversion pour les nouveautés, car ce sont aussi les miennes, saines et incurables, mais qui ne demandent en fait qu'à être joyeusement démenties et prises à contrepied.)

La chose se présente sous forme d'un journal de voyage, ce qui garantit la surprise par l'art du bref et de l'ellipse, et un art de l'image inoubliable et frappante. Un humour certain porte cette prose de grand, mais encore jeune, mélancolique : il est l'ombre portée d'un deuil et la mort omniprésente accuse donc le relief de ces enluminures saisissantes. 

Aucune longueur donc dans ce récit de voyage qui va cahin caha à l'allure des bourriques attelées ou de marcheurs épuisés. On oscille entre le flash de l'aphorisme et le snapshot en technicolor. Tous les sens sont sollicités, particulièrement l'odorat et les tympans. Les paysages sont grandioses, les ciels fantastiques omniprésents, et on entre pour de bon dans les villes médiévales, avec fascination et craintivité. Les trognes grouillent, et les tordus. Des bestioles passent, fabuleuses.

Je n'en distrais, sans autorisation, qu'une seule bribe, en goûteux amuse-gueule :
"C’était la haute saison du fumier. Le trafic des marchands rendait la circulation malaisée et nous avions décidé de lever le camp avant l’aube. "

L. W.-O.

WHO'S THAT GUY ?


La seule photo de ce RR qu'on trouvait en ligne jusqu'à ces derniers jours était celle-ci (elle semble désormais avoir disparu, mais on a traqué et capturé son fantôme !). Et en plus il brandit devant sa tête un poireau ! On était fixé, n'est-ce pas ?!?!



On peut désormais voir son portrait "officiel" (le seul qu'il autorise donc ) sur le site de son éditeur, signé Isabelle Rey. Je ne le donne pas car tout le monde va le reproduire. Si on en est curieux, et on le sera, il suffit de cliquer ici.


À mes risques et péril, je donne ici deux autres "fragonards" de cette tête de bourrique. L'un (en tête de ce billet) qui est un portrait imaginaire, réalisé car j'en avais assez de correspondre depuis des années avec un homme invisible, qui se réduisait à mes yeux aux pixels typographiés de ses messages. L'autre, ci-dessous, résulte du piratage d'une espèce d'autoportait sauvage de la bête, que j'ai défiguré l'autre jour sans vergogne, jusqu'à ce qu'il ne ressemble plus à rien ni à personne, sinon à un extraterrestre.

Autoportrait de Rayas Richa défiguré en extraterrestre par Louis Watt-Owen ©


Quant au curriculum vitae de cet inconnu tombé du ciel, voici ce qu'on nous dit de l'auteur, le futur désormais fameux Rayas Richa, sur le site de son éditeur et sur le rabat de la couverture :


" Rayas Richa est né à Aitanit au Liban en 1978 d’un professeur de Lettres maronite et d’une mathématicienne arménienne. Il a eu une enfance heureuse et n’a pas fait beaucoup d’enfants. A près avoir été banquier, coursier, épicier, gérant, photographe et vendeur, il donne avec Les jeunes constellations son premier roman.

DES IMAGES SIGNÉES DONATIEN MARY

Tous les ouvrages de l'Arbre Vengeur ont cette particularité d'être accompagnés d'images. Les Jeunes Constellations sont enrichies, en couverture comme dans le corps du texte, d'épatantes compositions fantastiques de Donatien Mary, qui excitent formidablement la rétine. De cet artiste, l'éditeur nous dit : 
Essentiellement rompu aux techniques de l’estampe (eau-forte, gravure sur bois, aquatinte, pochoir), Donatien Mary est un jeune illustrateur / graveur dont les images ornent aussi bien des livres pour enfants (aux éditions Les Petits Platons et Gallimard), des ouvrages pour adultes (Palabres et Shasslamittde Bérangère Cournut chez Attila) que des albums de bande dessinée (Que la bête Fleurisse chez Cornélius en 2014, et bientôt Le premier Bal d’Emma aux Éditions 2024).

CI-DESSOUS UN TRÈS BEAU PREMIER PROJET DE COUVERTURE SIGNÉ DONATIEN MARY :


Editeur
ARBRE VENGEUR (L')
Auteur
RICHA/RAYAS
Disponibilité
A paraître
Parution
22/02/2016
ISBN
9791091504386
EAN
9791091504386
Dimensions
Largeur : 115, Hauteur : 165
Prix TTC
15,00 €
Montant HT
14,22 €

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