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mercredi 25 septembre 2024

Au petit bonheur la chance…

 

CAP AU PIRE, selfie © Louis Watt-Owsn / Aurillac 2023  
 

"Il faut bien parfois y aller au petit bonheur sinon on piétine sur place…"

 Gaston Chaissac

lundi 2 novembre 2015

Et moi, et moi, et moi… (On ne se refait pas !)

Autoportrait en enfumeur, 1967, par L. Watt-Owen ©
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La Campagne heureuse par Jean Dubuffet, 1944
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Vaches de Farrebique, Aveyron, par L. Watt-Owen © 2013
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Gaston Chaissac, Histoires d'un vacher
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Dans les années 60, je ne jouais pas au cow-boy comme tous les merdeux que je répugnais à fréquenter : farouchement solitaire, je gardais vraiment les vaches, dans les pâturages derrière notre ferme, aux lisières de la vaste forêt médiévale de la montagne. Le pépé Charles et la mémé Alice qui m'élevaient avaient d'autres choses à faire dans cette pauvre mais vaste ferme. 
J'étalais ma veste noire en peau-de-diable (moleskine), m'adossais à un arbre et sortais de ma musette de quoi passer le temps toute la sainte journée.
De quoi croquer : fromage, tourteau de noix, chocolat, saucisson, sans oublier le couteau.
De quoi boire : gourde d'eau douteuse de citerne, mais aussi une autre de piquette.
De quoi écouter de la musique : un transistor trouvé à la décharge publique, sur lequel je mettais à fond les "scies" de l'époque : The Letter, Happy together, etc…  et je montais encore plus le son pour Nino Ferrer et Jacques Dutronc, mes "chouchous" comme on disait alors, etc…).
De quoi lire : par exemple L'Ile au trésor de Stevenson, les Contes du Whisky ou un Harry Dickson de Jean Ray, le Dracula de Bram Stoker, le Faune d'Arno Schmidt, l'Hippobosque au bocage et les Histoires d'un vacher de Gaston Chaissac, Le Saint en Afrique de Leslie Charteris, La Nuit des auverpins de Pierre Siniac, Pierrot mon ami de Raymond Queneau, tutti frutti & tutti quanti.
De quoi fumer : paquet de Gris, papier Job 38bis non-gommé, briquet à essence.
De quoi surveiller le troupeau mais surtout toute intrusion humaine à 360° et aussi les beaux avions qui filaient sur l'aéroport de Genève-Cointrin : jumelles de soldat boche, des Leitz, 12x60. 
De quoi tirer : vrai pistolet de résistant.  
De quoi prendre des photos : mon vieux Rolleiflex trouvé à la décharge avec des rouleaux de pellicule beaux comme des cartouches.
De quoi me venger de la saloperie générale des bipèdes et accessoirement me faire la main : une petite machine-à-écrire noire laquée que je savais déjà pianoter à toute bringue, et un carnet de croquis Arjomari pur chiffon où immortaliser des trognes avec un gros crayon de charpentier (j'aquarellisais les carnations féroces à la bouse) ; et sur ce papier qui valait tout de même la peau du cul, j'inventais aussi des ciels en noir et blanc avec du guano bicolore.
Bien-sûr c'est mon chien (le vieux Dic, puis la fringante Bobette et la courtaude Mirza) qui faisait, impeccablement, quasi tout le boulot de vacher pour moi (mais il avait droit à plus de Comté et de saucisson que moi, et ne crachait pas sur des lampées de piquette).
Un demi-siècle plus tard, toujours aussi farouchement solitaire, je fais quasiment la même chose. Certes les vaches que je surveille ne sont plus qu'en papier. La cambrousse est toute entière dans La Campagne heureuse de Jean Dubuffet, accrochée au mur de ma cuisine, juste au-dessus de moi, qui passe tout mon temps à ruminer des vacheries aussi noires que mes frusques et que le moleskine en peau-de-diable où j'en couche quelques-unes quand je n'ai pas la flemme d'attraper mon stylo, histoire d'ourdir  enfin sur le papier une espèce d'Autoportrait en enfumeur, dont j'ai la lubie depuis 1967. 
Mais j'écoute toujours les mêmes scies des sixties (désormais sur YouTube), je reste assis ou vautré toute la journée, avec les jumelles surpuissantes je surveille l'intrus que j'aperçois dans le miroir, je fais tournoyer sur mon doigt le pistolet dont je me réserve la dernière balle, je pianote toujours la même machine-à-écrire, je lis les mêmes auteurs, je roule toujours le même tabac Caporal Ordinaire dans le même papier Job dit incombustible, je mange et bois les mêmes trucs, et les chiens qui m'ont élevé sont plus vivants que jamais dans ma nostalgie incurable de petit vacher de la montagne qui n'en revient pas d'avoir pris un si méchant coup de vieux. Me voici donc déjà à l'âge qu'avaient à l'époque le pépé Charles et la mémé Alice ! Alors je vais m'allonger sur le divan noir en cuir de vache, sous l'oranger, je ferme les yeux et fredonne comme un mantra :

"700 millions de chinois
Et moi, et moi, et moi…
Mon mal de tête, mon petit chez-moi…
J'y pense et puis j'oublie…
C'est la vie, c'est la vie…"

L. W.-O.


JUKE BOX D'UN NOSTALGIQUE















vendredi 23 octobre 2015

Autant rêver !







Voilà une liste (lacunaire car notée à la va-vite) de quelques ouvrages que l'on ne risque pas de voir paraître un beau jour dans ce pays à la con.

La traduction française du Zettel's Traum d'Arno Schmidt.

La Correspondance complète de Cioran.

La suite des Cahiers de Cioran (ceux retrouvés il y a quelques années par la brocanteuse).

L'édition intégrale du Casse Pipe de Céline (alors que les céliniens les plus avertis savent fort bien où se trouvent les manuscrits !).

Les Œuvres (vraiment) complètes de Jean Ray.

Une traduction sinon intégrale du moins décemment généreuse de William Hazlitt.

Au moins un fort volume des chroniques et lettres de Samuel Johnson.

Une édition intégrale, en typo mais avec, naturlich, les fac-similés et en quadrichromie !, des Lettres de Gaston Chaissac.

Une édition de poche du Théâtre de Maurice Boissard de Paul Léautaud.

TOUTES les Lettres de Charles Bukowski.

La traduction du Journal tenu en douce par Karl Ignatz Hennetmair pendant ses années de fréquentation de Thomas Bernhard.

Un volume des Poèmes de Paul Klee (alors qu'on a pu lire il y a déjà dix ans le tapuscrit d'une traduction sublime !).

Des Œuvres complètes d'Oskar Panizza.

Des Œuvres complètes et une Correspondance de Roger Rudigoz.

Une traduction française de la traduction allemande de Rabelais par l'incroyable Fischart, qui le réécrivit, l'augmenta, le réinventa.

Des Œuvres complètes de Claude Gaignebet.

Au moins fort volume d'un choix de la Correspondance de Thomas Bernhard.

à suivre…
L. W.-O.

mardi 27 septembre 2011

Vider l'abcès…

Topor, Le Pélican

" Le gros ennui est d'avoir les mains pleines de cole. "

Gaston Chaissac, à Robert Sollair, été 1955

"Jamais pu peindre qu'à la sauvette…"

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Ci-dessus, Gaston Chaissac par Gilles Ehrmann : "Je n’ai hélas jamais pu peindre qu’à la sauvette. Jamais tranquille, toujours harcelé. Trop resté sale, bouseux aux yeux des uns, pas assez aux yeux des autres. Et à quel prestige pourrais-je prétendre pour contribuer à ma réussite. Il est visible que j’inspire peu et même pas confiance du tout."


" Chers amis. C'est reçu cette réponse d'Avignon : "Votre travail nous a vivement intéressés, mais cherchons en ce moment des manuscrits assez long pour former un livre et nous aimerions recevoir de vous un texte plus important."
La réunion des choses contradictoires que j'ai écris, pourrait faire un livre qui ne manquerait pas d'intéret et ne passerait pas inaperçu, et serait consulté par beaucoup de gens avec profit et pourrait faire naître autre chose par d'autres, c'est dailleurs le but que je cherche à atteindre, mais prendre cette décision est une chose sérieuse et j'aimerai avoir votre opinion vos conseils.
Amitiés,
Gaston Chaissac, à Otto Freundlich et Jeanne Kosnick-Kloss, 1940

Chère Madame,
Je vais me remettre à peindre après un arrêt et je suis maintenant dans un pays où il y a un panache de fumée et un fameux. Et lorsque le petit train départemental passe ça en fait deux. Ils se disent bonjour.

Recevez, Madame, mes salutations
 
Gaston Chaissac, à Madame la Vicomtesse de C., 1er Octobre 1948


"Je fais ici, à Sainte-Florence, une importante exposition supercocasse, et la presse a déjà annoncé le vernissage qui a lieu le 19 prochain à 15 heures, sous la présidence du Dr André Chevalier, vice-président des Surindépendants de l’Ouest. Et déjà je jouis du spectacle, car c’est installé. Mon regard est plutôt attiré par le plus nouveau dans ma production, c’est-à-dire des machins faits spécialement pour cette circonstance, notamment une boîte rectangulaire dans laquelle sont entassées des guenilles multicolores, un assemblage de vieux bouts de cuir, un autre d’objets empruntés à la fumisterie. Oui, j’ai fait des emprunts à la fumisterie. Et puis j’ai des toiles encadrées de mousse à plat sur une table où sont aussi des pierres peintes, des pierres brutes assemblées, des boulets de charbon et même un de pierre, etc., et jusqu’aux débris d’une ardoise peinte cassée dans des conditions qui me restent inconnues. […] Le directeur artistique de la galerie la plus perméable n’accepterait jamais des choses pareilles. Et c’est d’autant plus du jamais vu, ça, que c’est dans une salle au plafond éventré. L’arrangement compte pour un tableau de plus. J’ai aussi emprisonné des guenilles multicolores dans un grillage. Les souches y sont aussi, bien entendu, ainsi que des détritus décorés et, pour vingt et un dessins ou gouaches, j’ai utilisé la porte vitrée et une vitrine comme cadres. A l’endroit éventré du plafond, j’ai suspendu des montants de bois sur lesquels sont fixés huit tableaux. Le tout à l’avenant, je n’ai que trente-deux choses dans des cadres réglementaires, sans compter le pas encadré du tout."
Gaston Chaissac, in NRF, n°21, septembre 1954.
 




Quand un conteur (Gérard Potier) parle d'un peintre-poète (Gaston Chaissac) from Parc Marais poitevin on Vimeo.



Gaston Chaissac, dessin au jeune Émile Gueriteau
 Lien : le site de l'Espace Gaston Chaissac à Sainte-Florence

BONUS 
Le plus excitant et le plus émouvant livre consacré à Chaissac.

Et une forte page de Chaissac, sur le blog NdSmF :
La peinture rustique moderne

jeudi 14 avril 2011

" À un masque "

Le Marquis de l'Orée, portrait imaginaire par L. W.-O. ©, 2011/ click to enlarge

" Culotté beau
Sentant
le tabac, l'homme,
creusant
d'admirables bots

Il va à ses heures
à l'orée du bois
pleurer

la gamine perdue. "

Gaston Chaissac, À un masque
in Hippobosque au bocage, Gallimard

On retrouvera Le Marquis de l'Orée et Gaston Chaissac 
très bientôt dans la nouvelle série "papier" de La Main de singe.