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dimanche 21 mai 2017

Tête à tête (2) : Beckett et Schopenhauer


Samuel Beckett by The Robot Dictionnary ©

"I found the only thing I could read was Schopenhauer. Everything else I tried only confirmed the feeling of sickness. [...] I always knew he was one of the ones that mattered most to me, and it is a pleasure more real than any pleasure for a long time to begin to understand now why it is so. And it is a pleasure also to find a philosopher that can be read like a poet."

Samuel Beckett, Lettre à MacGreevy 

samedi 20 mai 2017

Tête à tête avec Schopenhauer et mon grand-père


Mon grand-père Léon Belin la première fois que je l'ai vu,
peu après ma naissance, en août 1957.

©L. Watt-Owen

On m'a dit que je fais une drôle de tête quand je lis Schopenhauer ou pense à lui. Je me suis aussitôt demandé quelle tête, lui, il ferait si il me surprenait en train de le lire. Et quelle tête je ferais à mon tour si je le surprenais en train de me surprendre en train de le lire. Quant à la tête que je ferais si je le surprenais en train de me lire, elle est la plus inimaginable.

Schopenhauer me parle comme personne, à part mon grand-père Léon BelinCe pauvre vieux paysan bourguignon né au 19ème siècle, mort en 1981, eût été le lecteur idéal de Schopenhauer. Il fut l'autodidacte total. La culture de cet incollable était impressionnante : il ne fréquenta l'école publique que quelques semaines avant d'être placé à neuf ans comme valet de ferme. Il apprit tout tout seul, dans son coin. Les gens disaient qu'il avait tout lu. C'était loin d'être le cas, certes, mais il en imposait comme si ce l'était. Et dans son coin de Morvan, sinon des dizaines de kilomètres à la ronde, nul n'était plus affûté en jugeotte comme en style. On le redoutait à juste titre. 

J'ai suivi la même voie et me suis toujours montré rebelle et sourd à toute pédagogie. La mise en pratique de mon goût de l'isolement farouche m'a semblé la chose la plus naturelle — d'autant que  j'y ai été aidé par mon aversion instinctive pour toute grégarité, que je tiens de ce grand-père à qui personne ne s'avisait de taper dans le dos (sauf moi, qui prenait aussitôt un coup de sabot dans le cul). Et puis je constate que je n'ai rien eu à faire pour que l'on me foute la paix : peu s'aventurent à me fréquenter et encore moins y parviennent. J'ai dû admettre, ma modestie dût-elle en souffrir, que l'on me redoutait et que j'indisposais et je donne raison à tous ces mouille-cul : ils en sont bien avisés. "Y'en a qui ont essayé… Ils ont eu des problèmes" comme disait, sans savoir qu'il citait Schopenhauer, le premier de la classe Macron (lequel n'est pas si cultivé que le prétend la légende, malgré le fait que sa Brigitte de femme lui lit du Grégoire Delacourt et du Amélie Nothomb et du Angot le soir à l'Élysée pour l'endormir).

Je ne peux pas lire Schopenhauer sans penser à cet élégant lanceur de vacheries qu'était le père de ma mère : lui aussi n'épargnait personne et pire que se contrefoutre de ne pas se faire que des amis il s'en réjouissait. À chaque fois que je lis Schopenhauer, je crois l'entendre.  La cruauté de ses traits laconiques, aussi imparables qu'irréfutables, faisait mal et leur leçon était inoubliable. Il ne vous loupait pas. Même ses silences étaient redoutables. 

Enfant et adolescent je fus une de ses têtes de turc, mais les souvenirs de ces râclées verbales électrisantes me sont plus précieux et instructifs et profitables que les démonstrations d'affection dont il fut du reste si avare que je ne m'en souviens d'aucune. 

C'est de lui que je tiens le plus. 
Outre de son briquet "Tempête", de son goût pour le tabac Scarferlati de marque Bergerac orange roulé dans du Job n°38bis non-gommé dit incombustible, ou encore de sa  vieille radio Ducretet-Thomson de 1939, j'ai hérité de son caractère et de son tempérament. Lorsqu'après sa mort je me suis mis à lire Schopenhauer, j'eus à la fois la sensation de le retrouver et de le lire pour lui, par procuration. 

Nous sommes donc trois quand je lis Schopenhauer. Trois misanthropes solitaires qui se comprennent à mi-mot. Schopenhauer et mon grand-père n'ont aucune indulgence envers moi et ne me font nullement la fleur de m'épargner plus que qui que ce soit d'autre. Je les observe et les écoute sans trop me vexer : ils sont comme ces deux lascars, les légendaires Ho-Ho, qu'évoque Clément Rosset : "deux demi-Dieux chinois toujours ensemble, l'un racontant à l'autre qui s'en plie les côtes, les dernières bévues des hommes dues à leur sottise. C'est dans cet esprit Ho-Ho qu'on peut rire des catastrophes qui arrivent à l'humanité et qui dans neuf cas sur dix ne sont pas dûes à la fatalité mais à la bêtise des hommes."

L. W.-O.













dimanche 18 octobre 2015

Exercices négatifs



C'est tout le drame de l'insouciant grabataire volontaire, encouragé par le grand patron Schopenhauer, les bienheureux reclus taoïstes et un tempérament qui le porte à ces extrémités olympiques de l'inaction. Le luxe de disposer des trois tiers de ses journées a ses inconvénients. Je passe tout mon temps à me prélasser en fumant, en savourant du chocolat, etc…, je ne fais strictement rien, à part descendre tous les Pepito, les chips à l'ancienne, les pistaches et ne me lève guère que pour aller chercher un autre bout de fromage…
Le simple passage devant un miroir me traduit illico ces euphémismes en des termes plus crus : je ne suis qu'une grosse feignasse qui fait du lard. 
Et voilà que Frédéric Schiffter (un "conscrit" de mézigue, pourtant adepte lui aussi sans vergogne, catégorie olympique, du prélassement dans l'inaction) nous révèle sur son blog l'impeccable qualité de ses abdominaux ! La dose de honte que cela m'a inoculé m'a subito poussé à refaire un peu d'exercice. 
Des pompes (je parviendrai sans doute dans quelques semaines à décoller un peu mon nez du plancher), du jogging sur place (qui doit faire tomber du plâtre sur les claviers des pondeurs de caca-de-taureau dans l'agence de communication à l'étage du dessous), des haltères avec dans une main Le Monde comme volonté et comme représentation et dans l'autre les Cahiers de Cioran, etc… Ce n'est pas gagné ! 
Aussi ai-je commandé en ligne ces merveilleuses pilules miracles, qui "miment" les effets moléculaires de l'exercice physique et vous rendent en une semaine, sans faire le moindre effort, une silhouette de sportif. Ainsi pourrai-je sans rien changer à mon mode de vie  (sans lequel je n'aurais pas conquis la jugeote et la vista dont je puis aujourd'hui me targuer) retrouver la ligne du playboy que j'étais (sans les inconvénients de la tête de con qui dominait alors l'excellence de son buste d'athlète).

L. W.-O.

dimanche 5 juillet 2015

Comment survivre dans la fournaise



Comme chaque année, l'infernale canicule me réduit a quia.
Quatre ventilateurs poussés à fond ne suffisent pas à rafraîchir la bête, qui n'en peut plus.
Mais dans cette fournaise intenable, les réfrigérants Schopenhauer, Cioran, Thomas Bernhard et Emily Dickinson, refroidisseurs efficaces de toute ambiance, de tout échauffement et de toute ardeur, me sauvent la vie cent fois par jour.
L. W.-O.

dimanche 7 juin 2015

Le Roi Arthur



"Si j'étais roi, je ne donnerais aucun ordre aussi souvent et avec tant d'insistance que le suivant : Laissez-moi seul !!!!!!"

Arthur Schopenhauer, À soi-même

Depuis sa parution chez l'Anabase, en 1992, ce petit carnet de poche de Schopenhauer ne quitte jamais la mienne :

traduit et présenté par Guy Fillon