Affichage des articles dont le libellé est Stevenson Robert-Louis. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Stevenson Robert-Louis. Afficher tous les articles

samedi 3 septembre 2016

Retour de manivelle








De retour à ma tanière après quelques semaines dans des fermes perdues en Aubrac et en Haute-Loire, je fais du vide, je m'allège. C'est en lisant avec forte excitation le nouveau recueil traduit du cruel et sublime William Hazlitt, Le Combat, et plus particulièrement sa vigoureuse chronique Sur les gens désagréables, que je me suis juré de procéder en rentrant à ce salutaire et impitoyable nettoyage.

En écoutant à fond le Requiem de Serge Gainsbourg en boucle, j'ai opéré un tri sévère parmi mes correspondants cybernétiques, réduits désormais au strict et maigre contingent de ceux pour qui j'ai de l'estime, et avec qui j'ai profit et joie à échanger. Ils ne sont pas bézèfe ! 

Que les lunatiques, mufles, goujats, emmerdeurs, lèche-culs, faux-culs, réclameurs d'attention, ingrats, connards, connasses, hypocrites, tarés, débiles, incultes, belles petites ordures, sacrés petits fumiers, profiteurs, détrousseurs, plagiaires, pompeurs, sourdingues, aveugles, bluffeurs, matuvus, frimeurs, parasites et autres fâcheux de tous poils aillent se faire voir ailleurs. J'ai assez perdu de temps et d'énergie avec ma bonté à la con et ma lâche bienveillance à la mord-moi-le-nœud en répondant à ces envahisseurs sans vergogne, qui me donnaient bien-sûr du "mon ami" long comme le bras ! Et pourquoi pas du "monzami", puisqu'ils estiment que je suis au service de leur névrose et, tel le valet de leur vanité, dois répondre présent quand ils me sonnent ? 

Ah quel soulagement ! Je fête ça en sifflant un autre verre de bourgogne blanc aligoté, trinquant à distance avec le carré des derniers et rares vrais amis, eux (ils se reconnaîtront). Tchin tchin !

J'ai aussi méchamment élagué le trop copieux blogroll de mes liens, éliminant les indésirables et ceux qui sont ravis de s'y trouver mais ignorent la politesse de la réciproque. J'ai rajouté quelques sites que j'avais oubliés, par étourderie. Je procèderai un de ces jours à d'autres coupes. Et un autre godet d'aligoté pour fêter ça !

Plutôt que de retourner acheter des kilomètres de rayonnages, je fais, tant que j'y suis, joyeusement du vide, sans sentiment, dans ma bibliothèque. J'élimine à tour de bras tous les encombrants : ils pullulaient. Ces encombrants sont principalement des contemporains dont les ouvrages n'ont rien à foutre chez moi, puisque je ne les lirai jamais ou ne risque plus de les lire. J'ai descendu ces lourds cartons à la cave et aux poubelles. Certains de ces contemporains (tiens donc ! comme c'est curieux !) sont aussi ceux dont j'ai classé en "spam", en "indésirables", en "sinistres crétins" ou en "fâcheux" les adresses mail et zigouillé les liens dans le blogroll.

Fourbu mais ravi, je respire mieux. Voilà bien longtemps que je ne m'étais senti en si belle et baisante humeur. Bien qu'il y fasse trop crotté et qu'on s'y emmerde à un point dingue, la campagne a du bon. On ne s'en aperçoit qu'au retour. Comme on est bien chez soi ! Et quelques semaines à exterminer mouches, moustiques, frelons, taons et autres horripilantes bestioles exercent leur homme au carnage sanitaire sans scrupules des pires nuisibles : les bipèdes sublunaires. "La solitude est sainte" disait William Hazlitt, compagnon idéal des isolés volontaires et farouches, qui ajoutait : "je ne suis jamais moins seul que quand je suis seul". 

"On devrait imposer une taxe à tous ceux qui n'ont pas lu William Hazlitt" disait Robert-Louis Stevenson. Et à ceux qui ne lisent pas Stevenson, ajouterai-je. 

Me voilà un peu plus à l'aise. L'année commence efficacement. J'ai bien mérité une autre tournée de vin blanc. Et même de descendre toute la bouteille ! Tchin !
L. W.-O.




lundi 2 novembre 2015

Et moi, et moi, et moi… (On ne se refait pas !)

Autoportrait en enfumeur, 1967, par L. Watt-Owen ©
click to enlarge
La Campagne heureuse par Jean Dubuffet, 1944
click to enlarge



Vaches de Farrebique, Aveyron, par L. Watt-Owen © 2013
click to enlarge

Gaston Chaissac, Histoires d'un vacher
click to enlarge



Dans les années 60, je ne jouais pas au cow-boy comme tous les merdeux que je répugnais à fréquenter : farouchement solitaire, je gardais vraiment les vaches, dans les pâturages derrière notre ferme, aux lisières de la vaste forêt médiévale de la montagne. Le pépé Charles et la mémé Alice qui m'élevaient avaient d'autres choses à faire dans cette pauvre mais vaste ferme. 
J'étalais ma veste noire en peau-de-diable (moleskine), m'adossais à un arbre et sortais de ma musette de quoi passer le temps toute la sainte journée.
De quoi croquer : fromage, tourteau de noix, chocolat, saucisson, sans oublier le couteau.
De quoi boire : gourde d'eau douteuse de citerne, mais aussi une autre de piquette.
De quoi écouter de la musique : un transistor trouvé à la décharge publique, sur lequel je mettais à fond les "scies" de l'époque : The Letter, Happy together, etc…  et je montais encore plus le son pour Nino Ferrer et Jacques Dutronc, mes "chouchous" comme on disait alors, etc…).
De quoi lire : par exemple L'Ile au trésor de Stevenson, les Contes du Whisky ou un Harry Dickson de Jean Ray, le Dracula de Bram Stoker, le Faune d'Arno Schmidt, l'Hippobosque au bocage et les Histoires d'un vacher de Gaston Chaissac, Le Saint en Afrique de Leslie Charteris, La Nuit des auverpins de Pierre Siniac, Pierrot mon ami de Raymond Queneau, tutti frutti & tutti quanti.
De quoi fumer : paquet de Gris, papier Job 38bis non-gommé, briquet à essence.
De quoi surveiller le troupeau mais surtout toute intrusion humaine à 360° et aussi les beaux avions qui filaient sur l'aéroport de Genève-Cointrin : jumelles de soldat boche, des Leitz, 12x60. 
De quoi tirer : vrai pistolet de résistant.  
De quoi prendre des photos : mon vieux Rolleiflex trouvé à la décharge avec des rouleaux de pellicule beaux comme des cartouches.
De quoi me venger de la saloperie générale des bipèdes et accessoirement me faire la main : une petite machine-à-écrire noire laquée que je savais déjà pianoter à toute bringue, et un carnet de croquis Arjomari pur chiffon où immortaliser des trognes avec un gros crayon de charpentier (j'aquarellisais les carnations féroces à la bouse) ; et sur ce papier qui valait tout de même la peau du cul, j'inventais aussi des ciels en noir et blanc avec du guano bicolore.
Bien-sûr c'est mon chien (le vieux Dic, puis la fringante Bobette et la courtaude Mirza) qui faisait, impeccablement, quasi tout le boulot de vacher pour moi (mais il avait droit à plus de Comté et de saucisson que moi, et ne crachait pas sur des lampées de piquette).
Un demi-siècle plus tard, toujours aussi farouchement solitaire, je fais quasiment la même chose. Certes les vaches que je surveille ne sont plus qu'en papier. La cambrousse est toute entière dans La Campagne heureuse de Jean Dubuffet, accrochée au mur de ma cuisine, juste au-dessus de moi, qui passe tout mon temps à ruminer des vacheries aussi noires que mes frusques et que le moleskine en peau-de-diable où j'en couche quelques-unes quand je n'ai pas la flemme d'attraper mon stylo, histoire d'ourdir  enfin sur le papier une espèce d'Autoportrait en enfumeur, dont j'ai la lubie depuis 1967. 
Mais j'écoute toujours les mêmes scies des sixties (désormais sur YouTube), je reste assis ou vautré toute la journée, avec les jumelles surpuissantes je surveille l'intrus que j'aperçois dans le miroir, je fais tournoyer sur mon doigt le pistolet dont je me réserve la dernière balle, je pianote toujours la même machine-à-écrire, je lis les mêmes auteurs, je roule toujours le même tabac Caporal Ordinaire dans le même papier Job dit incombustible, je mange et bois les mêmes trucs, et les chiens qui m'ont élevé sont plus vivants que jamais dans ma nostalgie incurable de petit vacher de la montagne qui n'en revient pas d'avoir pris un si méchant coup de vieux. Me voici donc déjà à l'âge qu'avaient à l'époque le pépé Charles et la mémé Alice ! Alors je vais m'allonger sur le divan noir en cuir de vache, sous l'oranger, je ferme les yeux et fredonne comme un mantra :

"700 millions de chinois
Et moi, et moi, et moi…
Mon mal de tête, mon petit chez-moi…
J'y pense et puis j'oublie…
C'est la vie, c'est la vie…"

L. W.-O.


JUKE BOX D'UN NOSTALGIQUE















jeudi 22 mai 2014

Sweet home



"… car aucun homme ne vit dans la réalité extérieure, parmi les sels et les acides, mais dans la chaude pièce fantasmagorique de son cerveau, aux fenêtres peintes et aux murs historiés."

Robert-Louis Stevenson

mardi 5 février 2013

Un truc qu'on oublie toujours




Robert-Louis Stevenson à Vailima

click on the picture to enlarge

"Don’t take yourself too seriously."
Robert-Louis Stevenson




dimanche 4 décembre 2011

"Aucune place pour lui-même…"

Autoportrait par L. Watt-Owen ©, Le Tréport, juillet 2011 / click to enlarge
"Dans tout cela il n’y avait pas la moindre place pour Robert Herrick. Il avait épousé le creux de la vague dans les affaires des hommes, et la vague l’avait emporté au loin ; il entendait déjà mugir le maelström qui devait l’envoyer par le fond. Et dans son âme harcelée et déshonorée, il n’y avait aucune place pour lui-même."

Robert-Louis Stevenson, Le Creux de la vague

vendredi 6 mai 2011

Le mini-Cioran des Petites Carpates ?

Dans les Petites Carpates, par L. Watt-Owen ©, avril 2011 / click to enlarge

"Mes" montagnes, que j'ai fuies à la cloche de bois il y a vingt cinq ans, le baratin du tourisme vert et des canards locaux les appelle "Les Petites Carpates". 
J'espère ne pas à mon tour être traité de mini-Cioran des Petites Carpates quand je m'aviserai de publier un de ces jours les montagnes de vacheries que j'écris enfin, me laissant aller à la plus grande pente de ma cruauté et de mon idiotie, sur fond de décor de ces montagnes-à-vaches. 
J'y suis remonté une dernière fois en vacances incognito fin avril car bientôt j'y serai persona non grata et j'y risquerai le lynchage. Comme je m'y suis fait royalement chier, je n'aurai aucun regret. Et je n'en éprouverai pas plus de nostalgie que mes morts dans leur boite. 
Comme je n'épargnerai pas non plus la ville la plus con du monde où j'ai installé ma tanière, j'escompte tirer de mes proses juste assez de faffiots pour un billet aller-simple vers Suvarov, l'ilôt perdu de Tom Neale, robinson volontaire, et un bail de location pour au moins 250 ans. Ce bout d'atoll désolé, d'une réjouissante platitude et d'une exiguïté excluant toute promiscuité, perdu au beau milieu de mers stevensoniennes radioactives et fluorescentes, me fait bicher depuis 40 ans. La compagnie d'une fée et d'un chat achèveront de le rendre sublime. Et les typhons paraît-il incroyables de violence feront un peu d'animation.
L. W.-O.









jeudi 10 février 2011

"Le Dehors guérit"

Environs d'Attigny, Ardennes, par L. Watt-Owen ©, 2009 / click to enlarge

" Je respirai profondément. C'était délicieux de se retrouver, après si longtemps, devant un panorama qui avait quelque attrait pour mon cœur d'homme. J'avoue que j'aime voir une forme définie là où mes yeux doivent se poser; et si les paysages se vendaient comme les planches de portraits de mon enfance, un "simple à un sou" et un autre en couleurs "à deux sous", j'irais jusqu'à deux sous chaque jour de ma vie."
Robert-Louis Stevenson, L'Appel de la route