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dimanche 9 octobre 2016

Vacciné contre Debord

Guy Debord, sinistre sosie du sinistre Coluche

Des lecteurs anonymes de ce blog m'ont laissé des commentaires sur mon précédent billet, L'invasion des profanateurs de sépulture, à propos de Cioran, où ils comparent ses avanies posthumes à celles de Guy Debord. Un certain "Alex" me précise par exemple que l'"on pourrait dire la même chose de Guy Debord ! Les cadavres attirent, on le sait, les vautours." Je lui avais d'abord répondu dans le riquiqui espace des commentaires. Mais mieux vaut finalement le faire plus visiblement dans un billet.



Cher anonyme "Alex",

Merci de votre attention.
Quant à Guy Debord (que j'ai lu autrefois bien entendu, mais en me forçant énormément, pour voir), je l'ai en aversion depuis toujours : on m'en a bassiné dès les années 60. Gamin déjà, les Situs me semblaient les derniers des cons : un certain nombre ont squatté "chez nous" comme de grandes gueules pique-assiète sans vergogne et puant du bec, des pieds et du trou de balle. 
Sans doute Debord est-il lui aussi la proie des nécrophiles, mais il a tout fait pour, fabriquant d'avance sa légende posthume. Ce sinistre Debord m'a toujours semblé le sosie du sinistre Coluche : aussi grotesques et insupportables l'un que l'autre si l'on a un tantinet de jugeote, de sensibilité et d'humour. Je n'ai jamais pu les sentir l'un comme l'autre. Et quiconque les adule m'indispose au plus haut point.
Comment parvenez-vous à lire Cioran ET Debord ? 
Cela me semble aussi incompatible qu'aimer Bach ET Beethoven, ou Schopenhauer ET Marx, Buster Keaton ET Louis de Funes, Chet Baker ET Georges Jouvin, Sonny Boy Williamson ET Johnny Halliday etc… 
La lecture de Cioran vaccine définitivement son homme contre Debord et ses sbires.
Tout Situationniste fuit Cioran comme la peste.
Sur le charlatan Debord je vous renvoie au seul ouvrage indispensable : le cruel et réjouissant Contre Debord de Frédéric Schiffter (PUF). Sa statue "qui sonne creux" ne s'en relèvera jamais.
Si vous êtes grand lecteur de Cioran vous ne vous formaliserez pas pour la franchise de ma réponse.
Si vous me maudissez, c'est que vous n'êtes qu'un incurable adepte du gourou Debord et que vous avez autant d'humour qu'un adepte du gourou Coluche. 
Ce sera le grand test pour savoir de quel côté penche en réalité votre inimaginable tête d'anonyme.
Cordialement à vous,
Louis Watt-Owen



mardi 27 septembre 2016

Franc succès de la Course Cioran 2016 parrainée par La Main de Singe





Unique évènement festif qui a l'honneur d'être parrainé par La Main de Singe et seule compétition au monde où tous les participants sont à la fois gagnants et perdants ex-aequo et dont la récompense est inestimable (qui dit mieux?! : rien moins que la solution miraculeuse à tous les soucis de "l'inconvénient d'être né"), la désormais traditionnelle Course Cioran attire toujours plus d'émules chaque année. 

Soutenue par le Ministère de la Culture et financée comme la Bourse du même nom par le Fonds Cioran du Centre National du Livre (alimenté par les droits d'auteurs posthumes du philosophe), cette Course Cioran est désormais de réputation internationale. 

On vient de loin pour y participer. L'édition 2016 a ainsi réuni des milliers d'amateurs sur l'une des plus sinistres plages de la côte dieppoise. Nouveauté 2016 : le nombreux public familial et les journalistes présents (sauf votre serviteur immunisé par sa lecture de Clément Rosset) furent cette année invités à se joindre aux compétiteurs et cette initiative fut fort appréciée.  Ils ne se le firent pas dire deux fois. Ce fut la ruée.

Après un passage au vestiaire où l'on se dépouilla de tout comme à l'entrée de l'Enfer de Dante, suivi d'un dernier casse-croûte de spécialités locales (moules-frites et calva) dont chacun se régala jusqu'à la dernière moule, la dernière frite et la dernière goutte de cordial, on se massa avec discipline (et une légitime émotion) sur la ligne de départ. 

Au coup de revolver que le Commissaire se tira sans se louper dans le crâne, les deux mille compétiteurs, favorablement dégrisés par un vent glacial, se sont élancés comme un seul homme vers la mer démontée. 

Rappelons que la particularité de cette course, contrairement à ce qui se passe à Lourdes ou dans le Gange, est l'interdiction aux participants de ressortir la tête de l'eau, sous peine d'y être réintroduit de force par l'arbitre. Par chance, le ciel fut avec eux. La météo était sublimement exécrable et l'élément marin remarquablement turbulent. 

La compétition fut cette année particulièrement rapide : au bout de dix minutes, l'intraitable arbitre Monsieur Schiffter, venu de Biarritz, qui surveillait impitoyablement la Course du haut de sa planche de surf, constatait que plus aucune tête ne dépassait de la surface et après les dernières bulles déclarait officiellement terminée cette édition 2016.  

On peut d'ores et déjà s'inscrire auprès de notre bureau pour l'édition 2017, qui promet d'être  encore plus attractive car elle se déroulera à Majorque, sous la présidence d'honneur de Clément Rosset, et sera en effet pimentée par une nouveauté : des requins seront lâchés.

De notre envoyé spécial , L. W.-O.

mercredi 7 septembre 2016

Grimper au Plafond de Montaigne

Plafond de Montaigne.
Pour voir une image en très haute définition
de ce plafond en l'état actuel, on cliquera ici.




À la suite de mon billet évoquant Montaigne, quelques lecteurs me demandent où l'on peut bien dénicher Le Plafond de Montaigne, de Frédéric Schiffter, dont je faisais furtive publicité. 

Paru en 2004, cet ouvrage aussi singulier que réjouissant semble désormais épuisé (sans doute car son éditeur est encore plus épuisé : carrément kaputt ?). Je ne crois pas avoir repéré qu'il soit bientôt réédité, ce qui serait pourtant une idée lumineuse pour tout éditeur désirant se distinguer au-dessus du glauque océan de caca qu'est le commerce du livre. 

Ceux qui le possèdent déjà, ayant eu la chance et la jugeotte de l'acquérir jadis en temps et heure, vernis de plusieurs relectures qui témoignent de son intéret inépuisable, ne risquent pas de le prêter à ceux qui en sont démunis. L'altruisme ingénu et la bonté d'âme n'animent guère les lecteurs d'auteurs dans le genre de Frédéric Schiffter. Au contraire : on se flatte de jouir "en suisse", comme on dit, d'un tel livre rare et incomparable, qui impose Frédéric Schiffter, à nos yeux difficiles et à notre peu baisante tête de bourrique, comme un auteur à qui on fait joyeusement de la place dans sa bibliothèque sur le même rayon que Clément Rosset et Cioran, tout à côté de Montaigne et Schopenhauer. Auteurs, comme par hasard, dont il est également question, outre Montaigne, dans Le Plafond de Montaigne.

Brèfle : je ne prèterai pas mes trois (oui : 3 !) exemplaires, même sous la menace. Quand à faire des photocopies, autant demander un selfie à Clément Rosset himself !

N'étant néanmoins point trop chien avec les honorables lecteurs de ce blog, je signale aux intéressés que l'on trouve Le Plafond de Montaigne sur le foisonnant marché cybernétique de l'occasion. Il en circule peu d'exemplaires, puisque ses lecteurs ne risquent pas de revendre les leurs : seuls quelques égarés et quelques critiques accablés de services de presse s'en sont débarrassés. L'ouvrage, déjà si singulier à sa parution, est ainsi devenu fort rare sur le marché : de fait ce livre, déjà exceptionnel par son style et son propos, puis légendaire car introuvable, est désormais un collector rarissime sur lequel on peut spéculer pas seulement intellectuellement. 

Cette rareté garantit un tri sévère désormais parmi ceux qui aspirent à vouloir le possèder et le lire. Alors qu'à sa parution, n'importe quel gogo pouvait l'acquérir quasi dans n'importe quelle librairie pour trois francs six sous, il faudra désormais à l'aficionado putatif se saigner un peu plus cruellement. Et c'est une très bonne chose. Abject est l'esprit mesquin de tant de contemporains, de vouloir se payer le plus raffiné Champagne au prix de l'indigeste mousseux Kriter sinon du Champomy.

Les quelques piaffants prétendants à la lecture du Plafond de Montaigne testeront ainsi la puissance de leur désir de le lire. Il leur faudra "casquer"  !

124,10 euros est déjà une somme conséquente mais mégoter serait d'une totale inélégance et d'une mesquinerie incompatible avec l'esprit d'une telle lecture. Le vrai lecteur déboursera avec le sourire et sans ciller 460 euros, sinon, s'il est vraiment bon prince et chic type, carrément 599 euros. Ces trois offres sur Amazon.

Quant aux radins, ils pourront frimer à bon compte en ne déboursant que 52,20 euros sur CDiscount ou PriceMinister (ah la honte !), ou se le faire offrir pour 182,50 euros sur Ebay.

Décidément fort chic avec mes lecteurs, j'en pirate ci-dessous quelques extraits — à mes risques et périls : car le redoutable pistolero Schiffter risque de m'en coller une entre les deux yeux et m'abattre comme le chien que je ne suis pas.

L. W.-O.

Bonus N°1 :
Tout savoir sur les inscriptions du plafond de Montaigne 
grâce au site mirifique de l'Université de Tours


Bonus N°2 :

Extraits piratés de 
Le Plafond de Montaigne 

"Monsieur J'ai-des-projets…"

" Gamin, j'ai changé maintes fois d'école. C'est dans les cours de récréation que j'ai acquis la conviction, jamais ébranlée par la suite, que l'homme est un loup pour l'homme. Et, même si ce n'est pas très glorieux, je dois avouer que la peur que suscitent en moi les humains est une de mes passions dominantes.

Sans grand risque de me tromper, je pense que le pire est surtout à craindre de l'homme qui a des projets. Versant dans l'illusion que le neuf est possible sous le soleil, Monsieur J'ai-des-projets se figure qu'il en sera, comme il dit, le « promoteur » et l'« acteur », qu'il deviendra, en somme, indispensable. Rien de plus effrayant à mes yeux que cette obsession du projet. Je ne puis oublier que les cimetières sont pleins d'hommes indispensables et qu'ils y jetèrent avant eux, prématurément, quantité de gens qui ne furent pas très convaincus de la nécessité de leurs projets.

Mais je remarque que Monsieur J'ai-des-projets, représente une nuisance sans même qu'il passe à l'action : il suffit qu'il parle, qu'il déverse sans cesse et partout, comme on l'y autorise, le langage de la motivation et de l'investissement personnel. Jadis c'était le militant politique qui s'exprimait de la sorte, mais avec d'autres mots. Il ne se posait pas en homme motivé mais concerné. Il ne s'investissait pas dans tel ou tel objectif ciblé, mais adhérait à une cause et s'engageait à y faire adhérer les autres. Imprégné d'existentialisme sartrien, son projet était que le monde et les hommes aillent dans le sens historique du meilleur, fût-il au fond d'un charnier ou derrière des barbelés. À présent, les discours optimistes du militant politique ont laissé place aux parolesoptimisantes de Monsieur J'ai-des-projets. Non seulement ses palabres ne laissent présager elles aussi que de la casse, mais déjà, en elles-mêmes, de par leur diffusion médiatique, elles se répandent comme une pollution intellectuelle. Croyant incarner le nouveau sens de l'Histoire, l'Innovation, sans même recourir à l'existentialisme sartrien, Monsieur J'ai-des-projets milite, infatigable, dans le parti totalitaire de la vulgarité.

Davantage qu'à Lucrèce, l'Ecclésiaste me fait penser à Arthur Schopenhauer, auteur d'une philosophie du vouloir-vivre aveugle à l'usage des hommes sans projets.

Pour Schopenhauer la vie d'un humain n'a d'autre sens que de payer au prix fort le crime d'être né. Durant des années il lui faut satisfaire ses besoins, éviter la maladie, combattre la misère, se protéger de l'agressivité d'autrui, toutes sortes d'efforts humiliants car, in fine, il n'aura d'autre récompense que la décrépitude et ne trouvera de délivrance que dans la mort.

Le sentiment qui m'affecte depuis longtemps, est celui de la stérilité. Tout se passe comme si j'avais en moi un élan créateur destiné à exploiter de riches réserves de sens ou d'imagination, mais que je ne pouvais mettre en action faute d'une énergie suffisante. Sitôt que je me mets à une tâche, une voix intérieure m'en dissuade et je me sens disqualifié. Du coup, épuisé par l'inertie de mon génie, j'incline en permanence à dormir, autrement dit à opter pour la version inconsciente de ma stérilité. Mais comme nulle sieste, même répétée dans une journée, ne me déleste de cette pesanteur, je donne l'image d'un type n'ayant d'autre éthique que la flemme. Combien de fois, durant ma prime jeunesse, ma mère, mes maîtres à l'école, mes professeurs au lycée et même mes amis, me serinaient que j'étais un « fatigué de naissance ». Aujourd'hui encore, j'entends ce refrain. Mon père, lui, ne me fit jamais cette réflexion. Comme je l'ai déjà dit, il m'a vu naître et atteindre l'âge de neuf ans ; puis la vie s'est brutalement fatiguée de lui. Schopenhauer dit que le besoin métaphysique vient de la « stupéfaction douloureuse » qu'on éprouve face au spectacle de la vie ; je dirais plutôt que, pour moi, le goût de philosopher est venu suite à une douleur stupéfiante.

Après un désastre affectif, certains, paraît-il, trouvent la force de se reconstruire. Depuis près de quarante ans je me maintiens plutôt bien dans le délabrement, ballotté entre la tentation d'une vie sociale qui, à ce qu'on prétend, offre des consolations, et le réflexe de la déserter de peur de m'y dissoudre. N'étant visiblement pas fait pour ce monde, je me suis résigné à l'idée qu'il n'en existait pas d'autre et qu'il valait mieux que j'en fusse spectateur plutôt qu'acteur — vocation incertaine qui m'amène à n'être qu'un dilettante vaguement philosophe, vaguement esthète, sans autre projet que de jouir sans entraves de ses temps morts.

Si j'ai fait de Schopenhauer un de mes pères spirituels adoptifs, c'est parce que grâce à lui, je ne me sens aucunement coupable de ma vie comme velléité et comme contemplation. À l'en croire, le dilettante, sensible aux œuvres majeures de l'art et de la philosophie, présente un meilleur visage que l'homme d'action, celui qui aime à se qualifier de « professionnel », ou pire, de « pro ». Inversant une logique commune, Schopenhauer affirme que, pour être plein de vitalité, l'homme d'action est passif, tandis que, pour en manquer, l'homme de la contemplation est actif. Rien de plus illusoire que l'action dont s'enorgueillit le « pro ». S'il peut rendre compte des mobiles personnels de ses faits et gestes, il ignore tout de ses réels motifs qui ressortissent à la force impérieuse et aveugle du vouloir-vivre qui le manœuvre. Le dilettante, au contraire, observant à la loupe, dans une œuvre, la sempiternelle tragi-comédie des gesticulations de ses semblables, ne se laisse pas aveugler par le vouloir-vivre. Animé d'une vive démotivation, le voilà disposé à la connaissance, forme supérieure de l'action selon Schopenhauer, et même, parfois au génie créateur — deux activités relativement gratuites, sans grand danger pour les autres.

Le voilà condamné à la lucidité, avancerais-je pour ma part. La lucidité est la morsure de la mort dans la chair de la conscience. La douleur en est tantôt vive, tantôt lancinante. Une torture intime qui s'appelle le cafard. Comme le cafard n'est pas de tout repos, la morale est sauve."

Frédéric Schiffter, Le plafond de Montaigne

Bonus N°3 :

AMÈRES PARABOLES (fragment inédit de Cioran) 
sur l'excellent blog Nos Consolations

lundi 5 septembre 2016

"La plupart de nos vacations sont farcesques"





"La plupart de nos vacations sont farcesques. 
"Mundus universus exercet histrionam" 
(Pétrone : "Tout le monde joue la comédie") 
Il faut jouer dûment notre rôle, mais comme rôle d'un personnage emprunté. Du masque et de l'apparence, il ne faut pas faire une essence réelle, ni de l'étranger le propre. Nous ne savons pas distinguer la peau de la chemise. C'est assez de s'enfariner le visage, sans s'enfariner la poitrine."
Montaigne, Essais









Rappel :



mercredi 27 janvier 2016

Ce quiproquo de l'amitié



Une heure à tuer avec une pièce vraiment cruelle de Nathalie Sarraute,
et pour l'impeccable Jean-Louis Trintignant. Ah l'amitié ! 



Depuis que je l'ai reçu, il y a pile une semaine, On ne meurt pas de chagrin, le nouveau livre de Frédéric Schiffter ne m'a pas quitté. Je l'ai lu illico d'une traite et de suite relu en prenant tout mon temps. Il m'a réjoui au plus haut point, et tout autant remué. Il m'a aussi porté chance (je raconterai peut-être ça). Je reparlerai bientôt ici de ce livre autobiographique singulier et de son auteur, que je lis et relis depuis bientôt vingt ans et tiens, avec Clément Rosset, pour un contemporain majeur. Sur le rayon des écrivains qui comptent à mes yeux (impitoyables !), je le range, à portée de main, entre Cioran et Paul Léautaud, et à quelques centimètres de Georges Perros et William Hazlitt.
Mais d'ores et déjà, je pirate un extrait féroce de son livre, qu'illustre parfaitement la cruelle petite pièce de Nathalie Sarraute, Pour un oui ou pour un non, quant à ce sujet qui fâche et que peu osent aborder aussi franchement : le quiproquo de l'amitié.
L. Watt-Owen

"Sans me tenir en permanence sur mes gardes, je ne m'aveugle pas sur le sentiment de l'amitié. Je ferme les yeux sur sa fausse grandeur par nécessité sociale. Il serait plus digne de nous passer de nos semblables et de nous abstenir de jouer avec nombre d'entre eux la comédie de l'affection. Mais le dieu qui nous a créés s'est amusé à nous rendre dépendants les uns des autres, incapables de vivre sans tisser entre nous des liens que nous entretenons avec peine et souvent à contrecœur. Les affinités entre deux amis ne suffisent pas à entretenir leur relation. S'ils en sondaient le réel contenu, ils découvriraient qu'elles reposent sur un quiproquo. Ils le savent mais refusent de se l'avouer. À part le vague désir de partager, ils ne partagent pas grand-chose — d'où la nécessité de surestimer la nature de leur fictive sensibilité commune ou d'en appeler à l'ancienneté de leur relation afin de mieux supporter leurs petites antipathies qui s'affirment avec les années. Mais quand vient le temps où, dès qu'il se retrouvent, ils s'irritent plus qu'ils ne s'apprécient, leur amitié est morte, même s'ils se donnent un délai pour l'admettre. Ou ils s'épargneront l'épreuve frontale de la rupture — comme on sursoit à une opération chirurgicale jugée peu urgente —, ou ils ne chercheront pas à l'éviter. "

Frédéric Schiffter, On ne meurt pas de chagrin
Flammarion, janvier 2016

dimanche 18 octobre 2015

Exercices négatifs



C'est tout le drame de l'insouciant grabataire volontaire, encouragé par le grand patron Schopenhauer, les bienheureux reclus taoïstes et un tempérament qui le porte à ces extrémités olympiques de l'inaction. Le luxe de disposer des trois tiers de ses journées a ses inconvénients. Je passe tout mon temps à me prélasser en fumant, en savourant du chocolat, etc…, je ne fais strictement rien, à part descendre tous les Pepito, les chips à l'ancienne, les pistaches et ne me lève guère que pour aller chercher un autre bout de fromage…
Le simple passage devant un miroir me traduit illico ces euphémismes en des termes plus crus : je ne suis qu'une grosse feignasse qui fait du lard. 
Et voilà que Frédéric Schiffter (un "conscrit" de mézigue, pourtant adepte lui aussi sans vergogne, catégorie olympique, du prélassement dans l'inaction) nous révèle sur son blog l'impeccable qualité de ses abdominaux ! La dose de honte que cela m'a inoculé m'a subito poussé à refaire un peu d'exercice. 
Des pompes (je parviendrai sans doute dans quelques semaines à décoller un peu mon nez du plancher), du jogging sur place (qui doit faire tomber du plâtre sur les claviers des pondeurs de caca-de-taureau dans l'agence de communication à l'étage du dessous), des haltères avec dans une main Le Monde comme volonté et comme représentation et dans l'autre les Cahiers de Cioran, etc… Ce n'est pas gagné ! 
Aussi ai-je commandé en ligne ces merveilleuses pilules miracles, qui "miment" les effets moléculaires de l'exercice physique et vous rendent en une semaine, sans faire le moindre effort, une silhouette de sportif. Ainsi pourrai-je sans rien changer à mon mode de vie  (sans lequel je n'aurais pas conquis la jugeote et la vista dont je puis aujourd'hui me targuer) retrouver la ligne du playboy que j'étais (sans les inconvénients de la tête de con qui dominait alors l'excellence de son buste d'athlète).

L. W.-O.

mercredi 21 mai 2014

La beauté même de la vie






Enfant, au tout début des années 60, je découpais et collectionnais déjà toutes les photos de Claudia Cardinale. Quand j'étais ratatiné par le cafard et le chagrin ou accablé par la bêtise humaine, il me suffisait de la regarder pour être aussitôt requinqué : la vie était aussi belle qu'elle. Elle incarnait la beauté même de la vie. Elle en était toute la délicatesse, toute l'élégance, toute la mélancolie, toute la joie, en personne. Elle tenait tête à la mort et ses amis, à la connerie, à la vulgarité. Oui : la vie me souriait, droit dans les yeux. J'étais dopé.
L. W.-O.


Il va de soi que je vais me procurer illico DOLCE CLAUDIA qui vient de paraître chez Contrejour : on y trouve des portraits inédits par le photographe et collectionneur italien Graziano Arici, et Frédéric Schiffter y fait un Éloge de la starlette, dont on peut d'ores et déjà lire de bonnes feuilles sur son blog.


Claudia Cardinale par Graziano Arici ©



jeudi 28 février 2013

"Every Time We Say Goodbye…"




"Chet Baker. En regardant Let's get lost, le film que Bruce Weber lui a consacré, on comprend que ce n'était pas le velouté déchiré de sa musique qui était à l'image de sa vie, mais l'inverse."

Frédéric Schiffter, Délectations moroses
Le Dilettante ed.


Je ne saurais vivre sans la musique de Chet Baker, sans pouvoir à tout moment écouter du Chet Baker, à tout moment opposer la grâce sublime de cet ange aux assauts du vampirisme général, me mettre sous sa protection quand surgissent les démons, retrouver le "la" du vrai chagrin de la vie quand je ne peux pas écouter une seconde de plus l'insupportable boucan des frénétiques amis de la mort, les chants tribaux des bipèdes dynamiques, les unissons de toutes les hordes, les glapissements de l'amitié, les déclarations d'amour, l'appel général, les conseils et les ordres, les sussurations publicitaires, les sonneries des portables, les mélopées des lieux de culte, les déclamations des slammers subventionnés, les haut-parleurs obligatoires, la perceuse des bricoleurs, le moindre intermittent du spectacle, les militants souriants, les barbares percussions matinales des sorteurs de poubelles et des éboueurs, les klaxons des nerveux, les auto-radio à fond avec des voix synthonisées, la France Rires & Chansons, l'esprit Canal Plus, l'ignominie des discours, les jingles en boucle, le baratin des pédagogues, les génériques inoubliables, le brouhaha des talk-shows, les flashes info et les chroniqueurs à la con, le stand-up des comiques officiels, les vies & opinions des pipoles, les coups de sonnette, les coups de freins et d'accélérateur, le couinement des rats cybernétiques, les boîtes vocales, les mots d'ordre et les pin-pons, les réclamations et les indignations, tous ces The Voice qu'on croise, toutes les explications et le pilonnage des sollicitations d'attention, le totalitarisme culturel, les gueuleries identitaires, les fausses notes et les trémolos, tous les couacs et tous les coin-coin, les décibels de la crétinerie, les gazouillis des tweets, la cucaracha des tchats, les messes basses des sms, le tic-tac de la moindre horloge ou machine infernale, et ce qu'ils osent appeler musique…

Vite ! je mets du Chet Baker quand je serais capable de tuer net, pour lui faire fermer sa gueule, le premier qui veut à tout prix que je l'écoute ou qui y croit. 
La télé, la radio, la conversation automatique, la fraise du dentiste, quand je ne puis m'en éviter le calvaire, et même le téléphone, que je décroche si rarement, même les alarmes des vraies urgences de la vie, je ne puis les endurer qu'avec du Chet Baker dans les tympans. Pour oublier le Niagara de tous les chiottes, je mets du Chet Baker. Pour ne plus entendre mes propres organes, je mets du Chet Baker. En tripotant mon ticket d'admission dans le terrifiant silence d'église de ces hôpitaux où plus personne ne hurle, je mets du Chet Baker.
Cet homme chante et joue pour moi : quand je ne m'entends plus, je mets du Chet Baker. 
Quand, livré à moi-même, ma propre bêtise me tympanise, je mets du Chet Baker.  

Il couvre même ces lancinants acouphènes qui me font tourner en bourrique.

Quand j'en suis réduit à ce comble de la Danse de Saint-Guy, la stabulation glaglateuse catatonique, je mets du Chet Baker.

Je fume en play-back : tirant paisiblement sur mon mégot, et rejouant, du bout des lèvres, sur ce muet pipo de papier & tabac, ces mélodies et ces ritournelles que je connais plus que par cœur. De tous mes nerfs et de tout mon sang. Ces chansons catastrophiques qui savent tout sur moi, ces tempos casse-gueule, ces chorus minimalistes qui parlent pour tout ce qui n'a pas de mots. Ce velouté du dernier souffle.


Chet Baker c'est moi, le souffleur de tabac gris.

Fumée ma musique, pour mes beaux yeux : je passe nuit et jour sur  ce nuage, pauvre type ahuri, tenu en lévitation par la magie de cette trompette obsédante, qui m'allège de tout mon gros poids d'homme.

On me cherche tout là-bas en bas ?! : je suis tout là-haut-là-haut.

Une amie m'a offert ce remède absolu : l'intégrale des enregistrements de Chet Baker. Un trésor sonore qui me garantit quelque chose comme un mois d'écoute non-stop. Cet antidote universel, je le porte toujours sur moi. Il tient sur une clé USB,  que je ne cesse de tripoter et faire briller : c'est aussi un talisman. Autrement dit un porte-bonheur. 
Cette petite fiole cybernétique est pleine du plus puissant stupéfiant que je connaisse. Et elle est aussi inépuisable que la bruyante bêtise des hommes est intarissable. Son charme opère dès la première note. Every Time I say Goodbye. Voilà un porte-clés magique, qui ouvre tout seul les portes sinon du Paradis, du moins de celui, artificiel, du plus sublime ravissement. Cela me dispense d'en être réduit, comme tous les cons, à tenter l'effraction avec des rossignols. Et comme on n'entre tout de même pas comme ça dans cet Ibiza des vernis dans mon genre, ils cornent pour qu'on leur ouvre, dans leur vuvuzela.
Tout le boucan des hommes finit vuvuzela.

De tout là-haut-là-haut, je les vois s'agiter, s'énerver beaucoup, exiger l'entrée immédiate, brandir des places gratuites (ou se réclamer d'untel : certains prétendent même qu'ils me connaissent, crient mon nom, ah tu parles !). Que le ciel leur tombe sur la tête !

Mais je n'entends rien, j'écoute Almost Blue, Time after Time…


La discrète trompette de cet ange couvre cette trompette du diable, ce bout du bout, bien baveux, de la musique de l'homme, en pvc made in China : la vuvuzela, à une seule note, à portée de toutes les grandes gueules et qui se joue sans les doigts.
Mais même sans l'entendre, je le connais par cœur leur répertoire.


C'est le Crépuscule des Cons, la rengaine d'une seule note, joué par une fanfare de milliards de zombies.

Le barrissement final des lourdauds et des grosses têtes.
Le klaxon absolu.
L'unisson automatique à la portée de toutes les oreilles mortes.
Le pouet-pouet dernier cri.
Le contre-ut industriel qui brise tous les crânes.
L'instrument premier prix pour des continents entiers de derniers des abrutis.
La vraie trompette de la renommée de l'homme.
Embouchée par lui-même.
C'est l'Héroïque du Pétomane, transcrite pour vent de bouche.

L. Watt-Owen








MY OLD ADDICTION
Chet Baker's Unsung Swan Song
par David Wilcox


My old addiction
Changed the wiring in my brain
So that when it turns the switches
Then I am not the same

So like the flowers toward the Sun
I will follow
Stretch myself out thin
Like there's a part of me that's already buried
That sends me out into this window

My old addiction
Is a flood upon the land
This tiny lifeboat
Can keep me dry
But my weight is all
That it can stand

So when I try to lean just a little
For just a splash to cool my face
Ahh that trickle
Turns out fickle
Fills my boat up
Five miles deep

My old addiction
Makes me crave only what is best
Like these just this morning song birds
Craving upward from the nest
These tiny birds outside my window
Take my hand to be their mom

These open mouths
Would trust and swallow
Anything that came along

Like my old addiction
Now the other side of day
As the springtime
Of my life's time
Turns the other way

If a swan can have a song
I think I know that tune
But the page is only scrawled
And I am gone this afternoon
But the page is only scrawled
And I am gone this afternoon

words by David Wilcox





mercredi 14 mars 2012

7 SEMAINES AVANT L'ÉLECTION



Feuilleter ce numéro en ligne

 Comme tous les mercredis, je lis le canard éphémère lancé par Frédéric Pajak dont j'ai fait joyeuse réclame l'autre jour. (J'avais aujourd'hui une excellente raison de plus d'aller l'acheter : pour y lire la chronique qu'on a eu la lubie de me demander.)
L. W.-O.

Au sommaire de ce troisième numéro : 
Frédéric Schiffter, Frédéric Pajak,  
Philippe Garnier, Arnaud Le Guern, 
Roland Jaccard, Alain Bonnand, 
Romain Chabrol, David di Nota,  
Olivia Resenterra,  Célestin Monga 
et les dessinateurs 
Willem, Mix & Remix, Micael, 
Jean-Christophe Menu, Cardon, Anna Sommer, 
Muzo, Noyau, Morvandiau, Brad Holland, 
El Roto, Captain Cavern, Aurel…

Liens :

Où trouver ce journal près de chez vous :
« 9 Semaines avant l’élection » se trouve un peu partout, dans les kiosques et chez les marchands de journaux, en France, en Suisse, en Belgique et au Luxembourg.
Si vous avez besoin de plus de précisions et que vous habitez en France, rendez-vous sur le site www.trouverlapresse.com : tapez « 9 semaines » dans la barre de recherche (même si vous désirez trouver des numéros ultérieurs.)


dimanche 4 mars 2012

”Insupportablement grave, absolument pas sérieux et irrésistiblement intelligent”




À une époque où, en voie de ratatinade et d'extinction, les journaux rapetissent, quasi tous passés au tabloïd et bientôt appelés à se rétrécir au format du papier hygiénique, avant de disparaître dans le trou noir du maelström ( hein ?!!? quel privilège, on a, nous autres, d'assister à l'essorage fatal de ces inconsistants torchons merdeux ! Ah si Gustave Flaubert, Marcel Schwob, ou Karl Kraus, Baudelaire, Céline, Arno Schmidt avaient pu avoir cette chance !), à une époque donc où les canards doivent en rabattre, c'est tout de même bien chouette de pouvoir retourner au Tabac-Maison de la presse pour acheter un canard car on a enfin (enfin !) un canard à acheter, tout du moins le prétexte d'aller acheter un canard enfin achetable (ce qu'on n'espérait plus), alors qu'on n'en achetait plus depuis quasi vingt ans. Faute de.
Acheter cet inespéré canard enfin achetable et ne pas avoir le sentiment, comme avec les autres canards, de commettre un acte aussi grotesque et pénible et contre-nature que s'enfiler dans le fondement la Carotte Lumineuse géante de l'enseigne, ou acquérir du papier hygiénique déjà usagé. Rien que pour ça, c'est déjà bien chouette.
On a donc un canard à acheter, on n'en revient pas, on l'attrape, on le plie ou on le roule, on grommelle une espèce de moitié de bonjour, on le paye avec la honte de la poignée de pièces jaunes, on va dare dare en terrasse, on le déploie et, surprise !, c'est un bon vieux canard du format des bons vieux canards comme on n'en fait plus : d'une envergure à pouvoir se cacher derrière très efficacement. 
Un tel journal existe donc ! On se pince. Et on se fait mal, car c'est bien vrai, on est même caché derrière, on peut faire toutes les grimaces qu'on veut, compter les hachures du poster central, on peut fumer comme un pompier, actionner ses zygomatiques en lisant, relâcher l'impassibilité de mise quand on doit opérer masqué, c'est-à-dire à découvert. On se relaxe. On est bien finalement, à cette terrasse, avec ce rayonnant soleil d'Office du Tourisme, et même le croissant à l'huile de palme n'a plus le goût du savon, et ce moineau est très comique qui prend mon lacet pour un asticot. Avec ce vaste canard je peux enfin retourner lire dehors. Ce n'est pas rien ! 
En plus, ce canard nous garantit de ne pas guignoliser les guignols du grand-guignol démocratique, de ne jamais même citer leurs noms. De les snober. Voilà qui nous fera des vacances et un peu d'espace pour respirer. Et savoir qu'on n'est pas le seul à dégueuler ces loufiats de cet ectoplasme, le peuple, nous prouve qu'on n'est pas si dingue de ne plus supporter le moindre de ces noms.
Mais cette feuille ne passera même pas le printemps : comme son titre l'indique, 9 Semaines avant l'élection, elle ne paraîtra que jusqu'au premier tour des élections si j'ai bien tout compris. Neuf semaines tout de même. Soit neuf fois douze pages. Assez pour se bricoler un kon-tiki en papier, où sauter avec sac de survie, dès que le tsunami de merde atteindra notre étage. Ce qui ne saurait guère tarder, à vue de nez. Cette légère embarcation bariolée de fumisteries quadrichromiques et de bribes tragiques, de facture très "merz", dérivera longtemps sans crever sur le Noun excrémentiel, si on a du tact et qu'on ne s'agite pas comme un gros patapouf et qu'on a le courage qu'on prête à Arthur Gordon Pym. (Quant à la pagaïe : j'ai déterré à Roche le pilon de l'Autre.)
L. W.-O.

9 Semaines avant l'élection est une nouvelle lubie de Frédéric Pajak, qui n'est certes pas un dynamique entrepreneur, mais en quelque sorte un idiot terroriste lanceur de traits et de feuilles, sans illusions, et certainement pas habité par le moindre souci pédagogique ou informatif. Dire le pire, juste pour le fun : c'est une des seules joies en cette vie. J'ai un faible pour les lanceurs de canards imprévisibles. 
«[…] Ironie, élégance, désenchantement : telles sont les faibles armes qui s’exprimeront ici pour passer le temps, au moins ce temps mauvais de polémiques, de manœuvres, de revirements, de scandales — ces bons scandales qui font toujours bouillir la marmite. Un journal contre les convictions chimériques, contre la politique obligatoire, contre le pain rassis et le jeu électoral. Un journal incrédule, révolté, rêveur, ”insupportablement grave, absolument pas sérieux et irrésistiblement intelligent”»
Tant que j'y suis, je signale un de ses nombreux bouquins : je viens de relire, pour la énième fois, avec jubilation, son Schopenhauer dans tous ses états, anthologie concoctée avec Didier Raymond. C'est très sombre, et ça fulmine. Donc c'est très drôle.
Parmi les nombreux collaborateurs de ce nouveau canard éphémère, on retrouve ceux de feu L'Imbécile. 
Frédéric Schiffter donne une espèce de journal (Neuf semaines dans l'existence) dont on espère qu'il sera un jour réuni en volume, avec d'autres chroniques éparpillées dans la presse et sur son blog : "(…) Personne ne choisit de naître puis de vivre comme il vit ou comme il souhaiterait vivre. Nous n'avons aucune emprise sur nos passions.Nous ne changeons pas, nous aggravons notre cas…" (et ce genre de joyeusetés qui me ravissent). Il y a aussi Roland Jaccard, Delfeil de Ton, David di Nota…
On trouve une drôle de lettre de Jean Raine, à Monsieur le percepteur des Contributions Directes et Indirectes. ce n'est pas sans émotion que je repense à Jean Raine, croisé plusieurs fois, il y a déjà 30 ans, dans cette ville de merde, capitale du gras-double, du caca-de-taureau et du pet dans la soie.
Le long papier de Peter Sloterdijk me sera l'occasion de lire enfin ce volubile penseur, qu'on me recommande en vain depuis des années.
J'escompte bien qu'on pourra ltrouver dans ces pages quelque chose de Clément Rosset.
ce serait le comble de ne pas le voir au sommaire d'un canard ”insupportablement grave, absolument pas sérieux et irrésistiblement intelligent”.

Dernière minute :
Il semblerait que le nouveau canard de Michel Butel, L'Impossible, sorte enfin ? On va guetter ça.


Jean Raine en action