dimanche 18 septembre 2016

Coups-de-pied au cul de la part de Cioran !

 
Cioran retenant un coup-de-pied au cul © Friedgard Thoma


Beckett prêta le flanc aux emmerdeurs, et sa lubie de faire le bien de ses contemporains lui coûta cher. Une meute de tapeurs était à ses trousses. Sa bonté le perdit.

Arno Schmidt, lui, se montra en revanche d'une prudence paranoïaque salutaire. Ses admirateurs grouillaient autour des barbelés de sa petite maison de Bargfeld, dans la lande de Lunebourg, mais ils se gaffaient de ne pas franchir les limites de la discrétion, sachant l'irascible ermite armé d'un  Parabellum chargé et de vastes mains aux gifles assommantes. Certains se firent courser, attraper et malmener sans ménagement : mais ces cons vénéraient tant Arno Schmidt qu'ils ne soignaient même pas les plaies, les hématomes, les dents cassées et les yeux au beurre noir, conservant les stigmates de cette rencontre au sommet, comme ces fans qui ne se lavent plus car leur idole a griffonné sa signature sur leur épiderme.

Peu de gens osaient aller accoster Henri Michaux et lui réclamer ne serait-ce que du feu ou un autographe. Ses yeux de froid serial killer dissuadaient les plus audacieux. Il les fusillait du regard, et la légende dit même que certains, au palpitant pourtant moins fragile que le sien, en crevèrent de saisissement.

Les infernaux chiens géants de Céline tenaient à distance ceux qui avaient le culot de venir actionner la sonnette de sa grille, Route des Gardes à Meudon. Quand les gueulements du propriétaire furibard retentissaient à l'unisson des aboiements, même les plus téméraires avaient déjà pris leurs jambes à leur cou jusqu'au bas de la pente raide.

Pauvre Cioran, en revanche, pourtant plus misanthrope encore que ces têtes de bourrique mal embouchées ! Nul n'eut autant de scrupules que lui de déranger qui que ce soit mais en retour on ne le ménagea pas : il dût subir les inlassables assauts de fâcheux indécollables. Pas un jour où il ne fut dérangé par les coups de fil ou de sonnette de ces importuns. Il en enrageait, mais c'eût été, à ses propres yeux, une inélégance de sa part de les envoyer sur les roses. Il leur faisait le meilleur accueil. Aucun hôte n'était plus courtois et plus drôle. Et ces lourdauds emmerdeurs se persuadaient ainsi qu'ils étaient les bienvenus et que leurs coups de fils et visites étaient bénéfiques à Cioran, qu'ils étaient attendus comme des intimes par le vieux cacochyme et qu'il prêtait à leurs propos comme à leurs écrits un intérêt réel, qui les encourageait à poursuivre et cautionnait leur lubie d'une œuvre qui prendrait haut-la-main la relève de la sienne.  Ces importuns, qui étaient et restent ses pires lecteurs (leur comportement et leurs publications prouvent cette incurie effarante), n'ont jamais eu la jugeotte d'en douter et d'imaginer le contraire, qui les eût dégrisés cruellementet (dommage !) poussés enfin au suicide avec lequel ils faisaient mumuse avec grandiloquence pour se poser un peu là.

La mort de Cioran, puis celle, tragique, quelques temps plus tard, par noyade à Dieppe, de sa compagne Simone Boué, leur fut une aubaine. Ils écriraient cette légende et les deux locataires de la rue de l'Odéon ne seraient plus là pour les contredire. Dès lors ces mondains matuvus se mirent-ils à parader en se présentant avec l'aplomb du mythomane comme les meilleurs amis de Cioran, et jusqu'à aujourd'hui ne cessent de le clamer avec tapage, le prouvant par la publication sans vergogne de ses réponses polies à leurs courriers d'emmerdeurs. Ils se réclament de son héritage et de sa pensée, lui font cautionner de manière posthume leurs âneries et leurs numéros de poseurs grandiloquents et toute leur frime de gandins mondains avides de passer pour des farouches exécrateurs de ce monde où ils prospèrent. Pauvre Cioran !

Mais il sera sans doute vengé un jour par lui-même : quand ses Cahiers inédits (ceux trouvés dans sa soupente par la brocanteuse, et qui couvrent les années 1972-1990) seront enfin publiés par les rupins roumains qui les ont acquis après une victoire au tribunal contre l'État et la Bibliothèque Jacques-Doucet. J'espère qu'on y lira de chouettes vacheries sur ces indélicats. Ils ne perdent rien pour attendre. J'ai déjà eu l'occasion de lire dans des lettres inédites chez des collectionneurs des trucs fort croustillants à propos de ces frimeurs sans états d'âme. Vivement la publication de ces Cahiers qui se fait désirer depuis trop d'années déjà ! Espérons que ces très petits et très vilains messieurs ne crèveront pas avant de pouvoir lire tout cela et blémir en essayant le beau costume que leur a taillé d'avance Cioran lui-même pour l'hiver de leur postérité. À chacune de leurs fastidieuses visites, il n'a pas dû manquer d'en rendre compte avec le génie de la vacherie qu'on lui connait. Ce n'est pas au Paradis qu'ils emporteront leurs saloperies.

À ces profiteurs sans scrupules, viennent désormais s'ajouter les fâcheux cybernétiques. Beckett, Céline, Schmidt, Michaux doivent subir la calamité posthume des emmerdeurs de la Toile (je ne m'exclus certes pas de ce lot ! Mais j'ai la faiblesse d'estimer que je m'en distingue !). On ne laisse pas en repos leur mémoire : des milliers sinon des millions de baratineurs et soi-disant lecteurs ne cessent en ligne de s'en réclamer, de les commenter, de les citer, de les plagier, de délirer à leur propos. 

Cioran subit la même malédiction post mortem. Outre ceux qui prétendent l'avoir fréquenté comme des intimes privilégiés, outre les prétendus spécialistes de son œuvre qui sont parfois chargés de son édition posthume et alourdissent grotesquement reprises et inédits de commentaires effarants qui ne témoignent guère d'une compétence ni d'une sensibilité de lecteur sérieux de Cioran, on trouve désormais d'infatués rats cybernétiques qui prennent l'initiative d'aberrantes initiatives à sa mémoire. Ces crétins se croient tout permis, pour la bonne cause en plus ! Tiens donc !

C'est ainsi que l'autre jour, un de ces rats cybernétiques, anonyme bien-sûr comme tous ces grouillants et pleutres nuisibles, m'a demandé, dans un commentaire (faute d'avoir mon adresse mail) s'il pouvait redonner sur son site une photo incroyable et inédite que j'avais publiée sur ce blog à l'occasion de l'effroyable Marché de la Poésie, en juin 2014 : on y voit le burlesque trio composé de Cioran, Beckett et Michaux faire la queue devant la pissotière de la Place Saint-Sulpice. Document rare, effectivement, que nul n'avait encore montré. Et que je redonne ci-dessous :
 
Photo de Maurice Bonnel © : 
Beckett, Cioran et Michaux 
devant l'urinoir 
de la Place Saint-Sulpice

J'hésitais entre dire merde à ce profiteur anonyme et le traiter par la le mépris du silence : n'est-il pas aberrant de correspondre avec un anonyme volontaire ? Ces nuisibles sont ma bête noire et je ne voudrais pas leur faire l'honneur de la moindre considération, et encore moins le plaisir de satisfaire leurs demandes. Averti, dans les commentaires du billet qu'il voulait piller, de ma cruelle vengeance envers quiconque me piquerait cette photo incroyable, le rat avait tout de même pris la saine précaution de me demander mon autorisation et, ainsi, de signaler son forfait. Malgré tout ma répugnance est telle envers ces horripilants nuisibles et leurs horripilantes pratiques que je ne lui en étais pas le moindrement gré. Seule une couille molle pouvait ainsi s'aplatir à me demander ma permission.

D'autant que je n'avais nulle permission à donner : cette photo, je ne la possède pas, un collectionneur me l'a révélée jadis et m'a permis de la rephotographier à la va-vite et comme il est désormais aussi mort que Cioran, il n'a pas eu l'occasion de m'engueuler quand je l'ai mise en ligne. Seul l'auteur de la photo ou ses ayant-droits ont juridiquement la haute main sur ce cliché.

(Et quand bien même, par stupide politesse, n'étant pas un mufle dans son genre, aurais-je décidé de lui répondre au moins un "Allez vous faire foutre", je ne le pouvais pas : l'olibrius ne faisait que mine de me demander mon avis, car bien-sûr il n'avait laissé aucune adresse mail. C'était me prendre doublement pour un con. Ceux qui s'y sont amusés ont toujours eu à le regretter.) Brèfle…

L'auteur de cette photographie est Maurice Bonnel (ce que j'ignorais à l'époque de mon propre piratage). Grâce lui soit rendue de l'initiative de sa prise de vue. Miraculeuse : car d'un seul clic il a ainsi pris la fameuse triplette en photo, ce que nul n'a jamais réussi à faire. Miracle d'autant plus sublime et troublant qu'il est le fruit du plus beau des hasards : ce Monsieur Maurice Bonnel ignorait tout à fait l'identité des trois zigomars faisant la queue devant la pissotière parisienne. Ce n'est donc pas eux qu'il entendait, tel un paparazzo, photographier, mais tout simplement l'urinoir de la Place Saint-Sulpice et la longue file d'inconnus se tortillant en faisant patienter leur vessie.  

Des années plus tard, c'est un collectionneur averti de tout ce qui touche Cioran, Beckett et Michaux qui eut l'œil et s'empressa discrètement d'acquérir ce fragonard mirifique, il y a déjà longue lurette, pour trois francs six sous. Quelques temps après, il eut la jugeote de le faire authentifier par son ami Cioran, à qui il le montra un beau jour, déclenchant son hilarité.

Et voilà aujourd'hui un rat cybernétique, bien planqué dans son anonymat, qui pour se faire mousser conçoit la lubie atterrante d'ouvrir sur un réseau social, Facebook, une page où il entend démontrer qu'il est un aficionado émérite de Cioran, en y rassemblant la totalité des photos de Cioran qu'il peut voler sans vergogne sur la Toile. Une sorte d'album exhaustif que l'on peut feuilleter, imagine-t-il, avec gratitude envers sa générosité.

Ce crétin de réseau social doit sans doute estimer que les lecteurs de Cioran sont assez nouilles pour ne pas trouver tout seuls ces images légendaires sur la Toile et surtout dans leur bibliothèque, pire même : qu'ils ne les connaissent sans doute pas et qu'il les leur révèle !

Voulant passer pour un amateur averti de Cioran, il  ne se doute même pas que son initiative prouve de facto que tel n'est pas le cas : si quelqu'un n'aurait pas supporté la chose, c'est Cioran lui-même, et c'est bien mal l'avoir lu que de ne pas imaginer son désagrément sinon sa colère.

On remarquera aussi que cet anonyme détrousseur, s'il m'a certes demandé une autorisation que je n'avais aucun titre à lui accorder, n'a pas eu les mêmes scrupules envers les photographes dont il pille ainsi les photographies légendaires, car à eux il n'a très certainement demandé aucune autorisation : on peut en effet être sûr qu'il se la serait vue refuser, avec menace de procès. Ou tout du moins qu'il se serait vu réclamer versement de droits légitimes, et cet anonyme aurait alors dû dévoiler son identité en signant des chèques ou en faisant fumer la carte bleue.

De telles pratiques sont désormais la plaie de la Toile, sous le prétexte fallacieux et ignoble du partage et de la prétendue foutaise des droits d'auteur. En cela ce connard qui veut se distinguer avec ce monument frauduleux à la gloire de Cioran ne se distingue en rien de la masse des néfastes connards qui pullulent sur le Net. Son initiative n'est pas plus estimable que celles des fans transis de Claude François, Leonardo di Caprio, Céline Dion ou Catherine Deneuve, qui leur consacrent des pages et sites bourrés d'images et de documents copiés-collés sans aucune autorisation.

Un des fringants vieux matuvus évoqué plus haut, qui revendique la caution de son amitié intime avec Cioran et ne manque dans aucune de ses publications en kiosque et librairie comme dans ses consternants délires sur la Toile, d'invoquer son nom et son exemple et de poser comme son continuateur sinon sa réincarnation "branchée", avait eu il y a quelques années, en débarquant sur la Toile, l'effroyable tocade, puisqu'il se veut si drôle, alors qu'il n'est que sinistrement sinistre, d'ouvrir un blog où il donnait des dizaines de fausses photos de son "ami" et "maitre" et "inspirateur" : il  y collait la tête de Cioran sur des "hardeurs" de clichés pornographiques répugnants. Cette initiative prouvait ce que l'on savait déjà : que ce pauvre type est dénué de l'humour dont il se croit vraiment doué, qu'il est vulgaire là où il se prend pour un dandy et surtout qu'il n'est pas du tout l'ami de Cioran qu'il prétend être à tout vent. Ah s'il avait eu le culot de telles publications du vivant de Cioran ! Las ! Des queues Marie ! Le courage n'est pas son fort! Et faire subir un tel traitement à feu l'auteur de De l'inconvénient d'être né tout en se revendiquant de son amitié et de sa pensée relève de l'ignoble. Sous d'autres formes guère moins abjectes, cet imposteur poursuit son entreprise de démolition de Cioran en l'acoquinant malgré lui à ses saloperies : ce n'est pas l'amitié mais la haine, la rancœur et la jalousie qui animent cette grande gueule, pas seulement d'ailleurs à l'égard de Cioran. Brèfle… Mais au moins avait-il eut la foucade inédite de ces immondes images, que seule la tête confuse et ressentimenteuse de ce salopard pouvait concevoir. Le rat cybernétique de la Galerie Cioran sur Facebook n'a pas même ce genre d'initiative atroce. Il se contente de voler ce qui ne lui appartient pas. Et des dizaines d'autres jobards de Facebook redonnent à leur tour ces images pour se poser là et se singulariser.

On n'aurait aucun grief envers sa lubie douteuse d'une Emil Cioran Gallery sur Facebook si ce type (ou cette typesse, allez savoir avec l'anonymat !) avait le mérite d'y publier des portraits inédits de Cioran, au moins un, même flou : encore une fois on repassera. Ce détrousseur n'a lui-même rien en magasin, il se fait mousser sur le dos des autres, à très bon compte. L'escroquerie est donc totale. Et il se trouve sur sa page tout de même près de quasi 400 personnes qui "aiment" ça et autant qui "en parlent" sur leur propre page ! Cioran partagé sur un réseau social ! Non mais ça va pas la tête ?! Quelle époque de tarés totaux et de parfaits débiles !

Et quelle originalité que cette Galerie ! Pour obtenir un résultat encore plus profus, il suffit de taper "Cioran" dans la recherche "images" de Google et s'affichent alors des centaines de fragonards en une seule page, les mêmes qu'il donne sur sa misérable page de Facebook en frimant comme s'il était le premier à en avoir l'idée, et le seul. 

Si au moins ce détrousseur avait l'élégance et le culot de signer son forfait, tel le gentleman Arsène Lupin ! Mais Tintin ! Si au moins il avait le courage et la capacité d'accompagner ces photos de Cioran de commentaires de son cru, histoire d'apporter un petit plus et, pourquoi pas ?, nous prouver que sa lecture de Cioran n'a pas été vaine et qu'il possède au moins quelque chose comme un brin de plume sinon carrément du style, on pourrait être indulgent, sinon magnanime envers lui. Mais macache bono ! C'est à peine si le loustic mentionne les noms des photographes.

Quant à la qualité des clichés, il s'en tamponne, et à force d'être copiées-collées et retaillées sur Google, Instagram, Picasa, Pinterest ou Flickr ces photos, épatantes à l'origine, n'ont plus aucune couleur ni contraste de l'original : désormais pixelisées dans des résolutions de pingre, pisseuses et bancales, elles sont d'une effroyable qualité au point que les photographes, si d'aventure ils tombent dessus, doivent être soulagés quand leur nom n'est pas mentionné.

J'ajoute que je donnerai bientôt, mais sur papier payant cette fois, des photos et documents inédits à propos de Cioran, trésors de guerre ayant trop dormi dans le bordel de mes placards. Je préviens d'avance le rat planqué dans sa galerie et autres pirateurs potentiels qu'il ne faudra pas s'amuser, ces images, à me les voler. D'avance je pare le coup : j'ai mis à contribution un méchant hacker de mes amis. Il n'a pas été long à me dégotter du matériel sur le nuisible anonyme et sur d'autres prédateurs potentiels : me voici désormais muni de leur identité, adresse IP et autres biscuits. Si jamais on me détrousse, alors je me permettrai aussitôt d'indélébiles fantaisies en ligne à leur propos, et des biens cruelles, je puis le garantir. J'aurai encore moins de scrupules qu'eux.

Pourquoi serais-je animé de la moindre sympathie ou indulgence envers ce funeste voleur anonyme, dont l'initiative pour défendre la mémoire de Cioran s'avère en fait une déclaration de guerre contre lui et un non respect de cette mémoire ?

Et, cerise sur son gâteau de merde, non content de me demander une autorisation de reproduction sans me donner une adresse où lui répondre, ce rat anonyme ne l'a de toute façon pas attendue : le lendemain déjà il mettait en ligne la photo de la pissotière, volée sur mon blog, en me remerciant comme si j'avais béni son geste. Et aussitôt nombre d'abonnés de sa page l'ont "partagée" et reproduite à leur tour.  C'est un peu trop me prendre impunément pour une buse.
Capture-écran de la page Facebook / cliquer pour l'agrandir

On me dira que j'en fais des tonnes pour pas grand chose et je monte sur mes grands chevaux pour combattre des moulins-à-vent-de-bouche et des cons qui n'en valent pas la peine etc… Que tout cela n'est pas très grave, etc… Ce ne serait alors ni chic, ni fort amical, à mon égard d'abord, mais surtout à l'égard de Cioran. Sur lequel tant de gens s'essuient leurs pieds merdeux et se font reluire, sans que grand monde y trouve à redire.  De temps à autre, tout de même, il faut bien que quelqu'un distribue quelques coups de pieds au cul à certains qui se croient tout permis car leur insignifiance comme l'importance qu'ils s'accordent leur garantirait une impunité.

J'en fais tout un plat ? C'est que j'estime vraiment, comme Arno Schmidt, qu'il faut traiter les écrivains morts comme s'ils étaient toujours vivants. Se comporter autrement relève de l'ignominie.


L. Watt-Owen 
 

mercredi 14 septembre 2016

"Est-ce que j'ai la gueule de quelqu'un qui fabrique un livre ?"


Broyeur de rose au travail

En guise de réponse à un commentaire du billet précédent :

"— À quoi vous travaillez ? me demande Marga B.

— Je ne travaille pas, je n'ai jamais travaillé, lui ai-je répondu.

Cette vieille et invariable réplique que je sors en toute occasion me dispense de toute explication supplémentaire. Est-ce qu'on aurait pu poser une question pareille à Pyrrhon ? Les questions qu'on n'aurait pu adresser à mes modèles, je ne veux pas qu'on me les adresse davantage à moi-même.

Est-ce que j'ai la gueule de quelqu'un qui prépare quelque chose, qui fabrique un livre ? "
Cioran, Cahiers 
Gallimard ©

mercredi 7 septembre 2016

Grimper au Plafond de Montaigne

Plafond de Montaigne.
Pour voir une image en très haute définition
de ce plafond en l'état actuel, on cliquera ici.




À la suite de mon billet évoquant Montaigne, quelques lecteurs me demandent où l'on peut bien dénicher Le Plafond de Montaigne, de Frédéric Schiffter, dont je faisais furtive publicité. 

Paru en 2004, cet ouvrage aussi singulier que réjouissant semble désormais épuisé (sans doute car son éditeur est encore plus épuisé : carrément kaputt ?). Je ne crois pas avoir repéré qu'il soit bientôt réédité, ce qui serait pourtant une idée lumineuse pour tout éditeur désirant se distinguer au-dessus du glauque océan de caca qu'est le commerce du livre. 

Ceux qui le possèdent déjà, ayant eu la chance et la jugeotte de l'acquérir jadis en temps et heure, vernis de plusieurs relectures qui témoignent de son intéret inépuisable, ne risquent pas de le prêter à ceux qui en sont démunis. L'altruisme ingénu et la bonté d'âme n'animent guère les lecteurs d'auteurs dans le genre de Frédéric Schiffter. Au contraire : on se flatte de jouir "en suisse", comme on dit, d'un tel livre rare et incomparable, qui impose Frédéric Schiffter, à nos yeux difficiles et à notre peu baisante tête de bourrique, comme un auteur à qui on fait joyeusement de la place dans sa bibliothèque sur le même rayon que Clément Rosset et Cioran, tout à côté de Montaigne et Schopenhauer. Auteurs, comme par hasard, dont il est également question, outre Montaigne, dans Le Plafond de Montaigne.

Brèfle : je ne prèterai pas mes trois (oui : 3 !) exemplaires, même sous la menace. Quand à faire des photocopies, autant demander un selfie à Clément Rosset himself !

N'étant néanmoins point trop chien avec les honorables lecteurs de ce blog, je signale aux intéressés que l'on trouve Le Plafond de Montaigne sur le foisonnant marché cybernétique de l'occasion. Il en circule peu d'exemplaires, puisque ses lecteurs ne risquent pas de revendre les leurs : seuls quelques égarés et quelques critiques accablés de services de presse s'en sont débarrassés. L'ouvrage, déjà si singulier à sa parution, est ainsi devenu fort rare sur le marché : de fait ce livre, déjà exceptionnel par son style et son propos, puis légendaire car introuvable, est désormais un collector rarissime sur lequel on peut spéculer pas seulement intellectuellement. 

Cette rareté garantit un tri sévère désormais parmi ceux qui aspirent à vouloir le possèder et le lire. Alors qu'à sa parution, n'importe quel gogo pouvait l'acquérir quasi dans n'importe quelle librairie pour trois francs six sous, il faudra désormais à l'aficionado putatif se saigner un peu plus cruellement. Et c'est une très bonne chose. Abject est l'esprit mesquin de tant de contemporains, de vouloir se payer le plus raffiné Champagne au prix de l'indigeste mousseux Kriter sinon du Champomy.

Les quelques piaffants prétendants à la lecture du Plafond de Montaigne testeront ainsi la puissance de leur désir de le lire. Il leur faudra "casquer"  !

124,10 euros est déjà une somme conséquente mais mégoter serait d'une totale inélégance et d'une mesquinerie incompatible avec l'esprit d'une telle lecture. Le vrai lecteur déboursera avec le sourire et sans ciller 460 euros, sinon, s'il est vraiment bon prince et chic type, carrément 599 euros. Ces trois offres sur Amazon.

Quant aux radins, ils pourront frimer à bon compte en ne déboursant que 52,20 euros sur CDiscount ou PriceMinister (ah la honte !), ou se le faire offrir pour 182,50 euros sur Ebay.

Décidément fort chic avec mes lecteurs, j'en pirate ci-dessous quelques extraits — à mes risques et périls : car le redoutable pistolero Schiffter risque de m'en coller une entre les deux yeux et m'abattre comme le chien que je ne suis pas.

L. W.-O.

Bonus N°1 :
Tout savoir sur les inscriptions du plafond de Montaigne 
grâce au site mirifique de l'Université de Tours


Bonus N°2 :

Extraits piratés de 
Le Plafond de Montaigne 

"Monsieur J'ai-des-projets…"

" Gamin, j'ai changé maintes fois d'école. C'est dans les cours de récréation que j'ai acquis la conviction, jamais ébranlée par la suite, que l'homme est un loup pour l'homme. Et, même si ce n'est pas très glorieux, je dois avouer que la peur que suscitent en moi les humains est une de mes passions dominantes.

Sans grand risque de me tromper, je pense que le pire est surtout à craindre de l'homme qui a des projets. Versant dans l'illusion que le neuf est possible sous le soleil, Monsieur J'ai-des-projets se figure qu'il en sera, comme il dit, le « promoteur » et l'« acteur », qu'il deviendra, en somme, indispensable. Rien de plus effrayant à mes yeux que cette obsession du projet. Je ne puis oublier que les cimetières sont pleins d'hommes indispensables et qu'ils y jetèrent avant eux, prématurément, quantité de gens qui ne furent pas très convaincus de la nécessité de leurs projets.

Mais je remarque que Monsieur J'ai-des-projets, représente une nuisance sans même qu'il passe à l'action : il suffit qu'il parle, qu'il déverse sans cesse et partout, comme on l'y autorise, le langage de la motivation et de l'investissement personnel. Jadis c'était le militant politique qui s'exprimait de la sorte, mais avec d'autres mots. Il ne se posait pas en homme motivé mais concerné. Il ne s'investissait pas dans tel ou tel objectif ciblé, mais adhérait à une cause et s'engageait à y faire adhérer les autres. Imprégné d'existentialisme sartrien, son projet était que le monde et les hommes aillent dans le sens historique du meilleur, fût-il au fond d'un charnier ou derrière des barbelés. À présent, les discours optimistes du militant politique ont laissé place aux parolesoptimisantes de Monsieur J'ai-des-projets. Non seulement ses palabres ne laissent présager elles aussi que de la casse, mais déjà, en elles-mêmes, de par leur diffusion médiatique, elles se répandent comme une pollution intellectuelle. Croyant incarner le nouveau sens de l'Histoire, l'Innovation, sans même recourir à l'existentialisme sartrien, Monsieur J'ai-des-projets milite, infatigable, dans le parti totalitaire de la vulgarité.

Davantage qu'à Lucrèce, l'Ecclésiaste me fait penser à Arthur Schopenhauer, auteur d'une philosophie du vouloir-vivre aveugle à l'usage des hommes sans projets.

Pour Schopenhauer la vie d'un humain n'a d'autre sens que de payer au prix fort le crime d'être né. Durant des années il lui faut satisfaire ses besoins, éviter la maladie, combattre la misère, se protéger de l'agressivité d'autrui, toutes sortes d'efforts humiliants car, in fine, il n'aura d'autre récompense que la décrépitude et ne trouvera de délivrance que dans la mort.

Le sentiment qui m'affecte depuis longtemps, est celui de la stérilité. Tout se passe comme si j'avais en moi un élan créateur destiné à exploiter de riches réserves de sens ou d'imagination, mais que je ne pouvais mettre en action faute d'une énergie suffisante. Sitôt que je me mets à une tâche, une voix intérieure m'en dissuade et je me sens disqualifié. Du coup, épuisé par l'inertie de mon génie, j'incline en permanence à dormir, autrement dit à opter pour la version inconsciente de ma stérilité. Mais comme nulle sieste, même répétée dans une journée, ne me déleste de cette pesanteur, je donne l'image d'un type n'ayant d'autre éthique que la flemme. Combien de fois, durant ma prime jeunesse, ma mère, mes maîtres à l'école, mes professeurs au lycée et même mes amis, me serinaient que j'étais un « fatigué de naissance ». Aujourd'hui encore, j'entends ce refrain. Mon père, lui, ne me fit jamais cette réflexion. Comme je l'ai déjà dit, il m'a vu naître et atteindre l'âge de neuf ans ; puis la vie s'est brutalement fatiguée de lui. Schopenhauer dit que le besoin métaphysique vient de la « stupéfaction douloureuse » qu'on éprouve face au spectacle de la vie ; je dirais plutôt que, pour moi, le goût de philosopher est venu suite à une douleur stupéfiante.

Après un désastre affectif, certains, paraît-il, trouvent la force de se reconstruire. Depuis près de quarante ans je me maintiens plutôt bien dans le délabrement, ballotté entre la tentation d'une vie sociale qui, à ce qu'on prétend, offre des consolations, et le réflexe de la déserter de peur de m'y dissoudre. N'étant visiblement pas fait pour ce monde, je me suis résigné à l'idée qu'il n'en existait pas d'autre et qu'il valait mieux que j'en fusse spectateur plutôt qu'acteur — vocation incertaine qui m'amène à n'être qu'un dilettante vaguement philosophe, vaguement esthète, sans autre projet que de jouir sans entraves de ses temps morts.

Si j'ai fait de Schopenhauer un de mes pères spirituels adoptifs, c'est parce que grâce à lui, je ne me sens aucunement coupable de ma vie comme velléité et comme contemplation. À l'en croire, le dilettante, sensible aux œuvres majeures de l'art et de la philosophie, présente un meilleur visage que l'homme d'action, celui qui aime à se qualifier de « professionnel », ou pire, de « pro ». Inversant une logique commune, Schopenhauer affirme que, pour être plein de vitalité, l'homme d'action est passif, tandis que, pour en manquer, l'homme de la contemplation est actif. Rien de plus illusoire que l'action dont s'enorgueillit le « pro ». S'il peut rendre compte des mobiles personnels de ses faits et gestes, il ignore tout de ses réels motifs qui ressortissent à la force impérieuse et aveugle du vouloir-vivre qui le manœuvre. Le dilettante, au contraire, observant à la loupe, dans une œuvre, la sempiternelle tragi-comédie des gesticulations de ses semblables, ne se laisse pas aveugler par le vouloir-vivre. Animé d'une vive démotivation, le voilà disposé à la connaissance, forme supérieure de l'action selon Schopenhauer, et même, parfois au génie créateur — deux activités relativement gratuites, sans grand danger pour les autres.

Le voilà condamné à la lucidité, avancerais-je pour ma part. La lucidité est la morsure de la mort dans la chair de la conscience. La douleur en est tantôt vive, tantôt lancinante. Une torture intime qui s'appelle le cafard. Comme le cafard n'est pas de tout repos, la morale est sauve."

Frédéric Schiffter, Le plafond de Montaigne

Bonus N°3 :

AMÈRES PARABOLES (fragment inédit de Cioran) 
sur l'excellent blog Nos Consolations

lundi 5 septembre 2016

"La plupart de nos vacations sont farcesques"





"La plupart de nos vacations sont farcesques. 
"Mundus universus exercet histrionam" 
(Pétrone : "Tout le monde joue la comédie"
Il faut jouer dûment notre rôle, mais comme rôle d'un personnage emprunté. Du masque et de l'apparence, il ne faut pas faire une essence réelle, ni de l'étranger le propre. Nous ne savons pas distinguer la peau de la chemise. C'est assez de s'enfariner le visage, sans s'enfariner la poitrine."
Montaigne, Essais









Rappel :



dimanche 4 septembre 2016

Who's that guy ?

René Magritte, The Prince of Pleasure



Who's that guy ?

Tandis que nous pouvons observer sans hésiter quelqu’un d’autre sans qu’il le sache (ni le percoive), donc observer sa marche comme sa pensée, nous ne pouvons jamais nous observer sans que nous le sachions (ou le percevions). Quand nous nous observons nous-mêmes, nous n’observons d’ailleurs jamais nous-mêmes, mais toujours quelqu’un d’autre. Nous ne pouvons donc jamais parler d’auto-observation, ou alors nous parlons du fait que nous nous observons nous-mêmes tels que nous sommes quand nous nous observons nous-mêmes, ce que nous ne sommes jamais quand nous ne nous observons pas nous-mêmes et nous n’observons donc, quand nous nous observons nous-mêmes, jamais celui que nous avions l’intention d’observer, mais un autre. La notion d’auto-observation et, du même coup, celle d’autodescription est donc fausse. Considérées ainsi, toutes les notions (idées) […] telles que l’auto-observation, l’auto-apitoiement, l’auto-accusation et ainsi de suite, sont fausses. Nous-mêmes, nous ne nous voyons pas, nous n’avons jamais la possibilité de nous voir nous-mêmes. Mais, nous ne pouvons pas non plus expliquer à un autre (s’agissant d’un autre objet) comment il est, parce que nous ne pouvons que lui expliquer comment nous le voyons, ce qui correspond probablement à ce qu’il est, mais nous ne pouvons pas nous expliquer de telle sorte que nous puissions dire : il est ainsi. C’est ainsi que toute chose est toujours totalement différente de ce qu’elle est pour nous […]. Et toujours totalement différente de ce qu’elle est pour n’importe qui.
Thomas Bernhard, Marcher

samedi 3 septembre 2016

Retour de manivelle








De retour à ma tanière après quelques semaines dans des fermes perdues en Aubrac et en Haute-Loire, je fais du vide, je m'allège. C'est en lisant avec forte excitation le nouveau recueil traduit du cruel et sublime William Hazlitt, Le Combat, et plus particulièrement sa vigoureuse chronique Sur les gens désagréables, que je me suis juré de procéder en rentrant à ce salutaire et impitoyable nettoyage.

En écoutant à fond le Requiem de Serge Gainsbourg en boucle, j'ai opéré un tri sévère parmi mes correspondants cybernétiques, réduits désormais au strict et maigre contingent de ceux pour qui j'ai de l'estime, et avec qui j'ai profit et joie à échanger. Ils ne sont pas bézèfe ! 

Que les lunatiques, mufles, goujats, emmerdeurs, lèche-culs, faux-culs, réclameurs d'attention, ingrats, connards, connasses, hypocrites, tarés, débiles, incultes, belles petites ordures, sacrés petits fumiers, profiteurs, détrousseurs, plagiaires, pompeurs, sourdingues, aveugles, bluffeurs, matuvus, frimeurs, parasites et autres fâcheux de tous poils aillent se faire voir ailleurs. J'ai assez perdu de temps et d'énergie avec ma bonté à la con et ma lâche bienveillance à la mord-moi-le-nœud en répondant à ces envahisseurs sans vergogne, qui me donnaient bien-sûr du "mon ami" long comme le bras ! Et pourquoi pas du "monzami", puisqu'ils estiment que je suis au service de leur névrose et, tel le valet de leur vanité, dois répondre présent quand ils me sonnent ? 

Ah quel soulagement ! Je fête ça en sifflant un autre verre de bourgogne blanc aligoté, trinquant à distance avec le carré des derniers et rares vrais amis, eux (ils se reconnaîtront). Tchin tchin !

J'ai aussi méchamment élagué le trop copieux blogroll de mes liens, éliminant les indésirables et ceux qui sont ravis de s'y trouver mais ignorent la politesse de la réciproque. J'ai rajouté quelques sites que j'avais oubliés, par étourderie. Je procèderai un de ces jours à d'autres coupes. Et un autre godet d'aligoté pour fêter ça !

Plutôt que de retourner acheter des kilomètres de rayonnages, je fais, tant que j'y suis, joyeusement du vide, sans sentiment, dans ma bibliothèque. J'élimine à tour de bras tous les encombrants : ils pullulaient. Ces encombrants sont principalement des contemporains dont les ouvrages n'ont rien à foutre chez moi, puisque je ne les lirai jamais ou ne risque plus de les lire. J'ai descendu ces lourds cartons à la cave et aux poubelles. Certains de ces contemporains (tiens donc ! comme c'est curieux !) sont aussi ceux dont j'ai classé en "spam", en "indésirables", en "sinistres crétins" ou en "fâcheux" les adresses mail et zigouillé les liens dans le blogroll.

Fourbu mais ravi, je respire mieux. Voilà bien longtemps que je ne m'étais senti en si belle et baisante humeur. Bien qu'il y fasse trop crotté et qu'on s'y emmerde à un point dingue, la campagne a du bon. On ne s'en aperçoit qu'au retour. Comme on est bien chez soi ! Et quelques semaines à exterminer mouches, moustiques, frelons, taons et autres horripilantes bestioles exercent leur homme au carnage sanitaire sans scrupules des pires nuisibles : les bipèdes sublunaires. "La solitude est sainte" disait William Hazlitt, compagnon idéal des isolés volontaires et farouches, qui ajoutait : "je ne suis jamais moins seul que quand je suis seul". 

"On devrait imposer une taxe à tous ceux qui n'ont pas lu William Hazlitt" disait Robert-Louis Stevenson. Et à ceux qui ne lisent pas Stevenson, ajouterai-je. 

Me voilà un peu plus à l'aise. L'année commence efficacement. J'ai bien mérité une autre tournée de vin blanc. Et même de descendre toute la bouteille ! Tchin !
L. W.-O.




jeudi 30 juin 2016

Réponse à un emmerdeur



Monsieur, 

Tant pis pour vous : vous allez payer pour tant d'autres fâcheux et lèche-cul, que j'ai eu, par le passé, la faiblesse, que dis-je? : la couardise et la franche connerie ! de remercier.

Je suis emmerdé par vos éloges !

Ces épithètes m'emmerdent d'autant plus qu'ils semblent sincères et comme venant du fond du cœur, organe plus répugnant et plus puant encore que le trou du cul.

Pour qui vous prenez-vous en me décernant de tels compliments condescendants et autres satisfecits dans la marge de ce que j'écris, en m'attribuant de telles bonnes notes ? De quoi vous mêlez-vous en formulant de tels jugements d'excellence ? Me croyez-vous assez con et vaniteux au point de trouver méritées ces flatteries ? Ce serait bien mal me lire !

Reconnaitre les mérites d'autrui relève selon moi de la démence.

Avoir le culot, en plus, de faire savoir à l'intéressé, qui ne vous a rien demandé et vous ignore sans aucune vergogne, tout le bien que vous pensez de lui et vous aplatir devant lui en flatteries porte cette démence à un point dont vous devriez, dans l'intérêt de votre santé mentale, vous alarmer.

Ne pouvez-vous donc pas, au lieu de me lécher le cul, vous occupez de vos fesses ? Les voici désormais cinglées d'une volée de bois vert amplement méritée. 

Ne vous en prenez qu'à vous si cela vous en cuit, et remerciez-moi
pour ma bonté : vous n'oublierez pas de sitôt cette bonne leçon et vous me bénirez de ses bénéfiques effets.

N'y revenez plus sinon ce sera carrément ma main dans la gueule ou une balle "où je pense" comme disait feue ma mémé de la montagne.

L. W.-O.

mercredi 29 juin 2016

" Ce qu'il faut c'est décourager le monde qu'il s'occupe de vous… "




" Ce que je voulais, c'était (…) plus entendre personne causer. L'essentiel, c'est pas de savoir si on a tort ou raison. Ça n'a vraiment pas d'importance… Ce qu'il faut c'est décourager le monde qu'il s'occupe de vous…  Le reste c'est du vice. "

Louis-Ferdinand Céline, Mort à crédit

mardi 28 juin 2016

L'homme ordinaire de Douarnenez





" La solitude tenue n'est ni un exploit, ni un retrait. 

C'est un plaisir, comme l'incognito."

Georges Perros, Papiers collés


Merci au chic anonyme qui m'a envoyé hier
le tuyau de ce très rare documentaire sur Georges Perros.





Ci-dessus : Georges Perros offrant des légumes 
au sublime Noël Roquevert sur le marché de Douarnenez !!! 
(captures écran par L. W.-O.)

Noël Roquevert : "Ah ils ont pris une tatouille !"

Video ci-dessous : Roquevert racontant 
sa bagarre au bois de Boulogne !!!!!

dimanche 19 juin 2016

" Et comment savez-vous que vous n'êtes pas déjà mort ? "




Penché sur le papier que je griffonne ou martèle avec mon Olympia de Luxe de 1963, je ne lève la tête que pour admirer les beaux nuages qui passent majestueusement à hauteur de ma terrasse babylonienne. Je caresse les flancs de ces étonnants bestiaux, me resserre un godet de vin des Abymes, trinque avec Bukowski qui chantonne en boucle "I am still here, leaning toward this machine", je roule une cigarette comme je tape : sans regarder mes doigts et tout en me goinfrant de Panettone, je remets Gil Scott Heron et j'avise l'heure sur ma montre en panne.





Plissant les yeux, j'essaye de distinguer au loin, là-bas en bas, si ces hordes braillardes sont une manif de la CGT, une charge de CRS, la Gay Pride, un vide-greniers de parents d'élèves, la Zombie Walk, ou des régiments de hooligans. Mes pauvres yeux ne font pas plus de différence que ma pauvre tête entre ces troupeaux nerveux et excités. Je me contrefous de l'actualité qui dynamise mes délirants contemporains. Sous les yeux de Raymond Carver, je m'envoie cul sec un verre d'Abymes en même temps qu'un poème de Miroslav Holub :

"D'aucuns s'agitent
comme s'ils n'étaient pas encore nés.
Un jour toutefois
William Burroughs, interrogé par un étudiant sur
son opinion au sujet d'une
éventuelle vie posthume,
dit :
— Et comment savez-vous que vous n'êtes pas déjà mort ?"

Écrire est pour moi le seul moyen infaillible de le vérifier.

L. W.-O.



mercredi 8 juin 2016

S'en sortir sans sortir




Je fuis tous les miroirs, mais cette aversion déjà démente n'est rien comparée à ma phobie des écrans. Ma télé vintage est foutue depuis longtemps, je ne possèderai jamais de portable et c'est avec répugnance, nausée et appréhension, sachant que je commets grosse boulette, que j'ouvre mon MacBook et me connecte. Bien-sûr je le regrette à chaque fois un peu plus. Mon suicide social sera enfin complet quand je balancerai cet engin par-dessus le bastinguage de ma haute terrasse.

Il y a pourtant pis encore à mes yeux : le monde certifié réel. Je le redoute et l'exècre tant que je vis comme un gardien de phare. 
"Je persiste, solitaire et fier, sur mon île adamantine, loin du boucan et des embrouilles du vulgaire" disait Vico (Giambattista, pas l'inventeur de la purée en poudre). Voilà un demi-siècle que j'en ai fait une de mes devises.
Je ne risque pas, moi, de me précipiter dans le vide pour en finir. J'abomine trop l'espace commun pour le rejoindre avec tant d'empressement. 
L. W.-O.

vendredi 3 juin 2016

Franc succès festif de la soirée Cioran !



"Farouche ennemi des systèmes, des coteries et de l'esprit petit bourgeois, Cioran s'est illustré pour écrire tout le mal qu'il pense des faux-semblants, croyances, fois, passions, engagements au service d'une cause. Ce sceptique absolu ne mâche jamais ses mots, comme le prouve ce jugement qui émane de lui : « On doit se ranger du côté des opprimés en toutes circonstances, même quand ils ont tort, sans pourtant perdre de vue qu'ils sont pétris de la même boue que leurs oppresseurs »Admis depuis 2011 dans la prestigieuse Pléiade, Cioran est à consommer avec modération sous peine d'être obligé de dire adieu aux illusions et d'être envahi par la nausée." 
Ainsi annoncée dans la presse régionale, la soirée festive consacrée à Cioran a plus que tenu ses promesses et connu un franc succès.
"Écrivain roumain plus français que bien des écrivains français", Cioran himself en eut été aussi surpris que ravi, et il aurait cliqué ici pour en lire le compte-rendu illustré. Merci et encore bravo à la municipalité et à la médiathèque pour cette initiative qui a contribué efficacement à vivifier le Vivre-Ensemble local et raffermir les esprits.