mercredi 16 janvier 2013

Pince-Mi et Pince-Moi

Avant

Réalisant que je vivais comme ça depuis vingt ans, je me suis pincé. Ça ne pouvait plus durer, ça ne menait nulle part,  etc…


… Et voilà que le premier de l'an m'a enfin vu reprendre ma vie en mains, travail d'Hercule ! Je n'en reviens pas ! Je me pince ! 

L. W.-O.

Après

"Quant à moi, j'existe par moi-même et pour moi-même…"

Shi Tao


Shitao - 1ère partie par ArtisReflex


Shitao - 2ème partie par ArtisReflex



LA TRANSFORMATION


" L’Antiquité est l’instrument de la connaissance ; transformer consiste à connaître cet instrument sans toutefois s’en faire le serviteur. Mais je ne vois personne qui soit capable d’utiliser ainsi l’Antiquité en vue de transformer, et je déplore toujours cette attitude conservatrice qui reste enlisée dans les oeuvres antiques sans pouvoir les transformer ; pareille connaissance asservit ; la connaissance qui s’attache étroitement à imiter ne peut qu’être sans envergure ; aussi, l’homme de bien, lui n’emprunte-t-il à l’Antiquité que pour fonder le présent.

Il a été dit que l’homme parfait est sans règle, ce qui ne veut pas dire qu’il n’a pas de règle, mais que sa règle est celle de l’absence de règles, ce qui constitue la règle suprême.

Tout ce qui possède des règles constantes doit nécessairement avoir aussi des modalités variables. S’il y a règle, il faut qu’il y ait changement. Partant de la connaissance des constantes, on peut s’appliquer à modifier les variables ; du moment que l’on sait la règle, il faut s’appliquer à transformer.

La peinture exprime la grande règle des métamorphoses du monde, la beauté essentielle des monts et des fleuves dans leur forme et leur élan, l’activité perpétuelle du Créateur, l’influx du souffle Yin et Yang ; par le truchement du pinceau et de l’encre, elle saisit toutes les créatures de l’Univers, et chante en moi son allégresse.

Mais nos bonshommes d’aujourd’hui n’entendent rien à tout cela ; à propos et hors de propos ils vous déclarent : « la technique des "rides"» et des "points" de tel maître constitue une base indispensable ; si vous n’imitez pas les paysages d’un tel, vous ne pourrez laisser une oeuvre durable ; vous pouvez vous imposer avec le style pur et dépouillé de tel autre ; si vous n’imitez pas les procédés techniques d’un tel, vous ne serez jamais qu’un amuseur».

Mais à ce train là, au lieu de se servir de ces peintres, on devient leur esclave. Vouloir à tout prix ressembler à tel maître revient à manger ses restants de soupe : très peu pour moi !

Ou bien d’autres encore me disent : « Je me suis ouvert l’esprit au contact de tel maître, j’ai acquis ma discipline à partir de tel autre ; maintenant, quelle école vais-je suivre, dans quelle catégorie vais-je me ranger, à qui vais-je emprunter mes critères, qui vais-je imiter, à qui vaut-il mieux que j’emprunte sa technique des "points" et du lavis, ses "grandes lignes", ses "rides" et ses formes, de manière que mon oeuvre puisse se confondre avec celle des Anciens ? ». Mais ainsi, vous en arrivez à ne plus connaître que les Anciens, en oubliant votre propre existence !

Quant à moi, j’existe par moi-même et pour moi-même. Les barbes et les sourcils des Anciens ne peuvent pas pousser sur ma figure, ni leurs entrailles s’installer dans mon ventre ; j’ai mes propres entrailles et ma barbe à moi. Et s’il arrive que mon oeuvre se rencontre avec celle d’un tel autre maître, c’est lui qui me suit et non moi qui l’ai cherché.

La Nature m’a tout donné ; alors, quand j’étudie les Anciens, pourquoi ne pourrais-je pas les transformer ? "
 SHI TAO

Les propos sur la peinture
du moine Citrouille-amère

(Traduction de Pierre Ryckmans)


mardi 15 janvier 2013

Watching the snow through the window





Nirvana


by Charles Bukowski

Not much chance, completely cut loose from purpose,
he was a young man riding a bus through North Carolina on the way to somewhere.
And it began to snow.
And the bus stopped at a little café in the hills and the passengers entered.
And he sat at the counter with the others, and he ordered, the food arrived.
And the meal was particularly good.
And the coffee.
The waitress was unlike the women he had known.
She was unaffected, and there was a natural humor which came from her.
And the fry cook said crazy things.
And the dishwasher in back laughed a good clean pleasant laugh.
And the young man watched the snow through the window.
And he wanted to stay in that café forever.
The curious feeling swam through him that everything was beautiful there.
And it would always stay beautiful there.
And then the bus driver told the passengers that it was time to board.
And the young man thought: "I'll just stay here, I'll just stay here."
And then he rose and he followed the others into the bus.
He found his seat and looked at the café through the window.
And then the bus moved off, down a curve, downward, out of the hills.
And the young man looked straight forward.
And he heard the other passengers speaking of other things,
or they were reading or trying to sleep.
And they hadn't noticed the magic.
And the young man put his head to one side,
closed his eyes, and pretended to sleep.
There was nothing else to do,
just to listen to the sound of the engine,
and the sound of the tires
in the snow.

Charles Bukowski


Charles Bukowski's Nirvana from Patrick Biesemans on Vimeo.

lundi 14 janvier 2013

As Wrecked Men

Villerville par L. Watt-Owen © Juillet 2008
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I many times thought Peace had come
When Peace was far away —
As Wrecked Men — deem they sight the Land —
At Centre of the Sea —

And struggle slacker — but to prove
As hopelessly as I —
How many the fictitious Shores —
Before the Harbor be —




Emily Dickinson

More here and there

Now what ?


dimanche 13 janvier 2013

"Voyant le deuil qui vous mine et consomme…"

Notes de Claude Gaignebet, photo par A. Ortenzio ©

Claude Gaignebet, capture d'écran La Main de singe



Itv Claude Gaignebet from François Rabelais on Vimeo.

Saluons pour son gai savoir, son franc-parler, sa curiosité, sa malice, la figure singulière de Claude Gaignebet, disparu en février dernier. On l'écoute chaque fois comme on le lit, sans jamais se lasser. Revigoré de sa joie contaminante, et enrichi d'histoires inoubliables.

Vidéo ci-dessous (empruntée ici)


LE MASQUE EN EUROPE OCCIDENTALE (2002)


Auteur : Claude Gaignebet Réalisateur : Jean-Christian Nicaise Production : CNRS Images / media Copyright CNRS Images / media 2002



" Tourné pendant la période des 12 jours (période calendaire située entre Noël et Epiphanie, mais aussi période dite de « raccord » entre le calendrier lunaire et le calendrier solaire), cet interview de Claude Gaignebet montre à l'évidence que les masques occidentaux trouvent leurs sources principalement dans la mythologie grecque et Romaine, que l'étymologie du mot masque éclaire le sens profond du rituel masqué et que le masque est l'aspect visible de toute une culture, voire d'une religion pré-chrétienne. En tant que folkloriste et chercheur, Claude Gaignebet enseignait à l'Université de Nice. Il est considéré comme le meilleur spécialiste des Mythes Européens. Il est à noter que ce qui est dit dans cet interview rejoint tout à fait les recherches faites sur d'autre terrain que l'Europe, comme en Afrique par exemple en particulier en ce qui concerne le culte des morts. Mais bien d'autres aspects des rituels masqués sont ici entrevus et ouvrent des portes inattendues sur des univers que la littérature classique Grecque et Romaine (Platon, Vitruve) avaient évoqué, d'une façon plus ou moins codée. Cet entretien (rare et précieux) avec Claude Gaignebet servira de base à toute théorisation sur les rituels et les masques."






Un site lui sera-t-il jamais consacré un beau jour ?


BIBLIOGRAPHIE (piquée ici)
  • Lettre à Julien sur Rabelais, le Tiers-Livre et le jeu de l’oie, Ed. Lume, 2007
  • Les Triomphes du Carnaval (avec Dominique Tonneau-Ryckelynck), Musée de Gravelines , 2004 
  • Tahiti et la Polynésie Française (avec Jean Richard Gasteau),  Arthaud, 1996
  • Promenade en Normandie avec Lancelot du Lac Ill. Leon Gaignebet, photo Annick Roure, Cordet 1992
  • À plus hault sens: l’ésotérisme spirituel et charnel de Rabelais, Maisonneuve et Larose, 1986
  • Art Profane et religion populaire au Moyen-Age  (avec Jean-Dominique Lajoux), PUF. 1985
  • Le folklore obscène des enfants, G.-P. Maisonneuve et Larose, 1980
  • Le carnaval: essais de mythologie populaire, Payot, 1974
  • La Très excellente et divertissante vie de François Rabelais,  (scenario cosigné) téléfilm de Hervé Baslé, France 2 en juillet 2011.
  • La dégelée Rabelais  (avec Besson,  C. Fabvre,  E. Latreille, S. Phéline, B. Pinchard, J.P. Piniès) Parcours artistique en Languedoc -Roussillon, Mediterrane 2009
QUELQUES ARTICLES de Claude Gaignebet
  • Cachez cette pupille (« Cacher, se cacher au Moyen-Age » par Claude Thomasset et Martine Pagan dir.), PUPS 2011, Culture et civilisation Médievales N° 52
  • Pierres vives (dans « La Pierre dans le monde Médiéval »par Danièle James-Raoul et Claude Thomasset dir.), PUPS 2010, Culture et civilisations médiévales, N° 47

Retour de l'inspiration


"… mais il eut l'inspiration d'utiliser sa belle main…"

Gustave Flaubert, Bouvard et Pécuchet

"Le fond de tout est horrible"

samedi 12 janvier 2013

"Isolation is the gift."


“If you’re going to try, go all the way. Otherwise, don’t even start. This could mean losing girlfriends, wives, relatives and maybe even your mind. It could mean not eating for three or four days. It could mean freezing on a park bench. It could mean jail. It could mean derision. It could mean mockery—isolation. Isolation is the gift. All the others are a test of your endurance, of how much you really want to do it. And, you’ll do it, despite rejection and the worst odds. And it will be better than anything else you can imagine. If you’re going to try, go all the way. There is no other feeling like that. You will be alone with the gods, and the nights will flame with fire. You will ride life straight to perfect laughter. It’s the only good fight there is.” 

Charles Bukowski

So what ?


Barry Cawston !!!! (site de l'artiste)

"Quand on revoit quelqu'un après de longues années, il faudrait s'asseoir l'un en face de l'autre et ne rien dire pendant des heures, afin qu'à la faveur du silence la consternation puisse se savourer elle-même."

lundi 10 septembre 2012

"Heureux de n'avoir pas à monter sur le pont…"


"Jim ne voyait rien que le désordre de sa cabine fortement secouée. Il était là, cloué sur le dos, au milieu d'un petit cataclysme, et il était secrètement heureux de n'avoir pas à monter sur le pont."

Joseph Conrad, Lord Jim

samedi 8 septembre 2012

LECTURES INNOMMABLES / 5





Cliquer sur les pages pour mieux lire
 Rappel : on donne de temps en temps des pages volées à des ouvrages rares, introuvables ou bien inaperçus, tous électrisants. Sans dire, bien-sûr, quel en est l'auteur.  L'exercice ayant excité ou agacé moult lecteurs, on tâchera de le proposer bien plus souvent.
Il ne s'agit pas de résoudre une énigme, mais tout bonnement de lire sans a priori. 
C'est ainsi, à l'aveugle, que l'on entend le mieux ce qu'ont lit : sans le fatras tympanisant que rameute dans la cervelle l'oblitération d'un nom propre. 
De toute façon, certains de ces noms seraient superflus, tant ils sont ignorés sous nos latitudes. Les donner reviendrait à amoindrir l'effet du texte : les inconnus inspirent méfiance. Superflus aussi les noms déjà familiers aux lecteurs sagaces, qui devineront l'auteur dès le premier coup d'œil : le leur préciser serait leur faire injure.
C'est en tout cas ainsi que j'aime le mieux lire : sans savoir qui cause. On entend alors tout de suite si il y a quelqu'un dans ce qui se dit.
Mes choix sont dictés par le beau hasard de la portée de main, de la trouvaille ou de la lubie passagère.
Je reprécise qu'il ne s'agit pas d'un jeu : je ne donnerai donc jamais "la bonne réponse".
Malgré tout, si certains lecteurs vraiment remués et devenus très curieux veulent à tout prix savoir, pour s'en procurer en quantité déraisonnable, je consentirai peut-être, selon comme je suis luné, à cafeter (en courrier mail privé) le nom de l'inconnu. On me conseille de faire payer ce petit service de l'"à tout prix savoir".  Ce sera donc à la tête du client ?
L. W.-O.

Pipelette pipole


Ceci n'est pas un écrivain.
L. W.-O.

Trous perdus

Trous perdus par L. Watt-Owen © août 2012, Ardennes
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Où j'étais passé ? Dans des trous perdus !
L. W.-O.

jeudi 30 août 2012

Retour du rédacteur


Retour en douce du rédacteur, qui a attendu que plus personne ne l'attende.
L. W.-O.

mercredi 6 juin 2012

" Le vrai joueur joue pour perdre…"







" L’homme est un drôle d’oiseau.
C’est le seul qu’on puisse plumer plusieurs fois de suite. "

*

" Le bonheur consiste peut-être à se contenter
de celui qu’on se procure."
*

"Le vrai joueur joue pour perdre."

*

"À un auteur qui lui repro­chait de ne pas être fidèle au texte :
- Je ne récite pas votre texte, je l’interprète !"

Jules Berry

mardi 5 juin 2012

Le cruel et son double / 6



À l'invitation du journal Le Monde et de l'Université du Maine au Mans, Clément Rosset a donné en novembre dernier une conférence sur le thème Le temps de vivre.  Les 37 réjouissantes minutes de cette intervention burlesque et d'autant plus efficace peuvent être visionnées en cliquant ici.

"Personnellement, je ne vois pas en quoi le fait que le train aille plus vite qu'avant constitue un motif de préoccupation; encore moins en quoi il nous ferait perdre du temps alors que, manifestement, il nous en fait gagner. 
On est en droit de soupçonner que ces terreurs qu'on dit nouvelles ne se distinguent guère de terreurs plus anciennes et que, dans ce cas, seule une erreur de perspective, un effet de trompe-l'œil nous fait différencier notre présent de notre passé. 
N'a-t-on pas vu jadis les prémices d'une fin du monde dans l'avènement de l'an 1000, l'apparition de la pomme de terre, le remplacement de la bougie par l'électricité ? 
Les hommes se sont toujours sentis à court de temps, sans possibilité d'accomplir dans les délais une tâche urgente. Ils avaient sûrement plus de temps, mais la tâche était plus longue à réaliser et l'urgence était la même."

Clément Rosset, Tout va plus vite ? Et alors ?
in Le Monde, 28 octobre 2011.

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Tous les billets consacrés à Clément Rosset 
sur La Main de singe

lundi 4 juin 2012

L'art de l'évidence

Larry & Barbara par Flore Kunst © / click to enlarge

Flowers par Flore Kunst © / click to enlarge

Skaker opera par Flore Kunst © / click to enlarge


L'excellent rédacteur d'Au carrefour étrange poursuit avec allégresse ses mises en lignes de choses excitantes. Je me suis bien trouvé de suivre son enjoué conseil de l'autre jour, en allant illico voir ce qui se montre d'étonnant ici.
Comme lui, à notre tour, cette mystérieuse Flore Kunst nous a épaté.

Je dis donc mille mercis pour ce tuyau, et le double du mien.

L. W.-O.

On tâchera désormais de donner régulièrement (comme autrefois) de nombreuses pistes vers des inventeurs d'images excitantes.

"Un homme comme moi…"



"Un homme comme moi, qui ne travaille pas, qui ne veut pas travailler, sera toujours détesté. J'étais dans cette maison d'ouvrier, le fou, qu'au fond, tous auraient voulu être. J'étais celui qui se privait de viande, de cinéma, de laine, pour être libre. J'étais celui qui, sans le vouloir, rappelait chaque jour aux gens leur condition misérable. On ne m'a pas pardonné d'être libre et de ne point redouter la misère."  

Emmanuel Bove, Mes Amis

dimanche 3 juin 2012

"Éponger la vie…"

Route d'Hotonnes par L. Watt-Owen © juillet 2011 / click to enlarge


" Quand on a été bien tourmenté, bien fatigué par sa propre sensibilité, on s’aperçoit qu’il faut vivre au jour le jour, oublier beaucoup, enfin éponger la vie à mesure qu’elle s’écoule."

Chamfort

vendredi 1 juin 2012

"Too much class for the neighbourhood !"

" C'est une loi sans doute naturelle qui veut que, tôt ou tard, deux voisins, même les plus courtois et civilisés, finissent toujours par en venir à un désir d'extermination réciproque."
Dostoïevski


The Dogs - Too Much Class For The Neighbourhood par scootaway

Précis de démolition







 
"Dans vos ruines, je me sens à l'abri."

Beckett à Cioran