mardi 31 juillet 2018

Faire mentir ceux qui nous ont enterré trop vite

Autoportrait du 25 Août 2017
par Louis Watt-Owen ©

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On me demande ce que je peux bien faire depuis le mois de mars, ce que je deviens, si ce blog va se poursuivre etc… À quoi je réponds que, après avoir ressuscité miraculeusement aux Urgences il y a peu de semaines, je dispose,  avec perplexité oppressante et soulagement rétrospectif, d'un bonus d'existence que j'occupe surtout à méditer bien malgré moi, les yeux dans le vide ou effarés par le bordel de ma vie, l'inconvénient d'une telle renaissance, au moins égal à celui d'avoir déjà jadis été mis au monde sans que l'on me demande mon avis, inconvénient qui relativise beaucoup, en la dégrisant, la légendaire joie du rescapé

À mes lectures ordinaires (Schopenhauer, Thomas Bernhard, Gaston Chaissac, Charles Bukowski, Arno Schmidt, Nicolas Bouvier, Frédéric Schiffter, Jean Dubuffet & Cie,  est venu s'ajouter celle, plus tragique encore et plus burlesque, des ordonnances et prescriptions, qui semblent rédigées dans un sabir swiftien qui fait loucher. L'obligation d'aller quasi quotidiennement, et à jeûn, livrer mes veines et artères aux vampires des labos me contraint à un peu d'exercice salutaire, occasion de faire au passage du lèche vitrine devant les soldes des boutiques de Pompes Funèbres, moins sinistres que ce qu'ils osent encore appeler des librairies. J'ai appris la Grande Patience dans les salles d'attente des toubibs et des cliniques et la Grande Inspiratrice m'a redonné le "La".

Je rumine comme des mantras des formules de Clément Rosset ("Ce serait un moindre mal de mourir si l'on pouvait tenir pour assuré qu'on a du moins vécu.") Ou de récentes notes d'Éric Chevillard dans son Autofictif, que j'ai eu la faiblesse de prendre immodestement pour moi, comme des dopantes piqûres de survie, car lues dans l'ahurissement d'une insomnie d'hôpital, sur le coup des 3 heures du matin.

"Il dormait si profondément qu’il semblait mort. Et, en effet, pendant la nuit son cœur avait cessé de battre, ce que je fus plutôt soulagé d’apprendre car, mort, il paraissait dormir."

"Il voit l’avenir avec confiance. Il va pouvoir entreprendre de grandes choses, soutenu par cette belle espérance de vie. Ce sera, lui promet son médecin, une longue maladie et il n’en est qu’au début."

"Si seulement on pouvait choisir sa mort, j’opterais pour le suicide."

"Il ne suffit plus de mourir aujourd’hui, il faut encore se déconnecter."

"Nous imaginons très bien le pire, l’angoisse aux angles abrupts, la mort prochaine, la haine de soi. Ce sont des pensées machiavéliques, vicieuses, sophistiquées. Mais le cerveau semble incapable de concevoir le simple coussin sur lequel délicieusement il se laisserait aller."

"Ne sois pas trop modeste, les autres ne demandent qu’à te croire."

"Les quatre de la chaise plus les deux tiens, c’est bien la peine d’avoir six pieds pour rester aussi statique."

"Ce n’est pas à un vieil orang-outan qu’on apprend l’impassibilité."

"Il vivait dans la peur du lendemain, inquiétudes totalement infondées puisqu’il mourut le jour même."

"J’attends l’expiration pour écrire mon livre testament."

L'une de ces notes autofictives m'est allée plus droit encore au cœur :
"Je veux bien que le chimpanzé soit mon frère, à peine différent de moi, mais tout de même : quatre mains et pas un manuscrit !" 
Mon sang de singe trop épais en fut fouetté. Je me suis dis qu'il ne me suffisait pas de ressusciter in vivo, mais qu'il allait falloir aussi, pour y croire et jouir un peu de mon rabe d'existence, ressusciter aussi désormais, sur le papier. Seul champ d'honneur !

Ce sera l'objet de nos prochaines causeries cybernétiques, dont on constate ici qu'elles reprennent joyeusement, mais ne sauraient désormais nous suffire. Ainsi suis-je présentement, du même geste que je me ventile, en train de distraire l'ennui et la mélancolie d'une convalescence aussi burlesque que cafardeuse, en chassant, les terribles démons de la nostalgie, du chagrin, de la trouille, de l'isolement et l'oppression caniculaire en même temps que les mouches, les moustiques-tigre, les guêpes, les faux-cul et les faux amis avec les derniers numéros parus de La Main de singe, histoire de reprendre, dès cet automne, là on on en était brusquement resté il y a quasi quinze ans. 

Il est délectable de faire mentir ceux qui nous ont enterré trop vite.

Louis Watt-Owen

Ci-dessous, quelques couvertures et  images de 
la revue La Main de Singe











mercredi 28 mars 2018

IN MEMORIAM Clément Rosset / 2


Images rares ! Et si émouvantes… 
Clément Rosset interviewé par Pierre Dumayet à la télé, en 1961 !

"Je meurs je ne sais quand " (IN MEMORIAM Clément Rosset)


«  Je viens je ne sais d’où,
Je suis je ne sais qui, 
Je meurs je ne sais quand,
Je vais je ne sais où, 
Je m’étonne d’être aussi joyeux.  »

Martinus von Biberach  


"Lu dans Passages de Michaux :
La nuit me laisse cadavre.
Il faut le ranimer. "

***
Paris, 5 décembre 2000

"Rêve que je suis dans une cage d'ascenseur qui est très étroite et ressemble à un cercueil fait de bois de sapin. Nous sommes au dixième étage. Comment puis-je le savoir, puisque cette boîte est dénuée de toute indication d'étage ? Toujours est-il que j'ouvre la porte, c'est-à-dire le couvercle du cercueil, mais constate qu'au dehors il n'y a rien, que de l'espace vide. Je referme aussitôt la porte-couvercle et attends qu'un miracle se produise et me fasse redescendre jusqu'au cinquième étage où se trouve mon appartement. Le miracle se produit et l'ascenseur redescend pour s'immobiliser à un étage que j'espère être le bon. J'enfonce précipitamment la porte et me retrouve sur mon palier.
Ouf ! Mais, comme le dit Verlaine au début de Sagesse : "Au moins attention. Car c'est bon pour une fois. "

***

Paris, premier août 2005

"Je suis au bord d'un bras de mer qui me sépare d'une côte située au large. Survient quelqu'un qui me dit : "D'ici une heure ou deux, une barque viendra vous prendre pour vous transporter là-bas." J'acquiesce mais me demande pourquoi je dois aller là-bas, où je n'ai rien à faire. Il est vrai que je n'ai rien à faire ici non plus.
Au-delà de l'allusion claire au fleuve des morts et à son nocher Caron, le plus pénible est ici le sentiment, persistant après le réveil, que je ne sais ni ce qu'il y a là-bas, ni ce qu'il y a ici, ni qui m'a parlé, ni qui je suis. Il ne reste qu'à continuer à ne rien faire, comme L'Innommable de Beckett. "

Clément Rosset, Le Monde perdu, Fata Morgana, 2009





" Le point de départ de ma philosophie est la conscience du tragique de l’existence  : tout est promis à disparaître, la mort nous entoure et nous sommes menacés par notre propre inconsistance. 
Or on refuse le tragique et la mort. Et ce refus du tragique, donc de la réalité, se paie très cher. 
À l’inverse, la capacité d’admettre la part tragique du réel est pour moi la pierre de touche de la santé morale et de l’allégresse. 
Il faut apprendre à vivre avec le tragique. "
Clément Rosset, Dialogue avec Jean Clair

Rappel : les 33 articles de La Main de singe évoquant Clément Rosset








Au coeur du sommeil : Clément Rosset from Virgile Novarina on Vimeo.







Clément Rosset au piano, étude par Jean Driès, 1965

Clément Rosset, Pièce brève et interminable 
interprètée et filmée par Didier Da Silva



dimanche 25 mars 2018

samedi 24 mars 2018

mercredi 21 février 2018

Concert chez Cioran (Interludes pour insomniaques)

Concert chez Cioran, rue de l'Odéon, en janvier 1990
Marin Sorescu, Emil Cioran, Florica Ciodaru-Courriol, Tudor Gheorghe
Photo par Alexandre Vajaianu ©

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Marin Sorescu et Emil Cioran
Photo par Alexandre Vajaianu ©

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Ces deux photos aussi rares qu'épatantes ont été trouvées ici










"Hors la matière, tout est musique : Dieu même n'est qu'une hallucination sonore."

"Point de musique véritable qui ne nous fasse palper le temps."

"La musique, système d'adieux, évoque une physique dont le point de départ ne serait pas les atomes, mais les larmes." 


"Que sont toutes les mélodies auprès de celle qu'étouffe en nous la double impossibilité de vivre et de mourir !"



Cioran, Syllogismes de l'amertume


"À quoi la musique fait appel en nous, il est difficile de le savoir; ce qui est certain, c'est qu'elle touche une zone si profonde que la folie elle-même n'y saurait pénétrer." 


Cioran, De l'inconvénient d'être né  

vendredi 16 février 2018

Qui ne cite pas Cioran désormais ?







"Un auteur trop souvent cité, on finit par ne plus avoir envie de le lire. Son nom est profané à force de circuler. 
On préfère lire quelqu'un de moins connu et même de moindre talent, ne serait-ce que parce qu'il n'appartient pas à tous."


Cioran, Cahiers

mercredi 14 février 2018

Ask the dust !


« Un jour, dans ma jeunesse, j’avais demandé à la fille avec laquelle je sortais ce qu’elle aimait le plus faire. Je pensais qu’elle allait me répondre, faire l’amour avec toi, mais elle me répondit sans hésitation qu’elle adorait faire le ménage… J’y ai pensé aujourd’hui, plus de trente ans après, en me réveillant – sans étonnement, cette fois, devant l’insolite de sa réponse, mais frappé d’une autre stupeur : « Et je ne l’ai pas épousée ? » »

journal 
Éditions Allia
Traduit du tchèque 
par 
Marianne Canavaggio 
et 


lundi 12 février 2018

"Une poule mouillée ne peut pas écrire un livre…"



"Celui qui écrit doit en fait avoir des prétentions, sans quoi il ne pourrait pas le faire. Une poule mouillée ou quelqu'un qui a des scrupules ne peut pas écrire un livre, sinon un livre misérable. "
Thomas Bernhard
Entretiens avec 
Krista Fleishmann
© L'Arche éditeur

"Est ennuyeux quiconque ne condescend pas à faire impression. Le vaniteux est presque toujours irritant mais il se dépense, il fait un effort : c'est un raseur qui ne voudrait pas l'être, et on lui en est reconnaissant : on finit par le supporter, et même par le rechercher. En revanche, on est pâle de rage devant quelqu'un qui d'aucune façon ne vise l'effet. Que lui dire et qu'en attendre ? Il faut garder quelques traces du singe, ou alors rester chez soi. "

CioranDe l'inconvénient d'être né 

vendredi 9 février 2018

Ma main quelque part et mon pied "où je pense"


Thomas Bernhard solarisé par La Main de Singe

"Et je pense maintenant que les êtres qui ont vraiment été importants dans notre vie peuvent se compter sur les doigts d'une seule main, et, bien souvent, cette main se révolte contre la perversité que nous mettons à vouloir consacrer toute une main à compter ces êtres, là où, si nous sommes sincères, nous nous en tirerions probablement sans un seul doigt. "
Thomas Bernhard, Le neveu de Wittgenstein

trad. Jean-Claude Hémery





En 2007, en boxant le punching-ball où je bourre toute ma paperasse sans la relire depuis quarante ans, je me suis bousillé les doigts de la main gauche. Les voir pendouiller comme le moineau de Cosmos et ne plus répondre aux ordres de ma volonté m'a instruit quant à la fumisterie du fameux libre-arbitre et de la fameuse volonté vantée par les charlatans de la sculpture de soi. 
En courant pour la première fois de ma vie aux Urgences, j'ai également été illico instruit quant à la compétence des médecins et à l'illusion des secours que l'on peut attendre des autres : ces sauveurs diplômés costumés de blouses blanches comme un couple de bouchers-charcutiers, lui parfait sosie de l'abominable Denis Podalydes, elle parfait sosie de la Angot, mais caffie de piercing, exigèrent en premier lieu que je prouve ma prétention à faire marcher la CMU, puis que je me foute à poil pour faire une radio de ma pauvre main démantibulée. 

Devant mon refus de ce strip-tease, ils piquèrent la mouche et voulurent, puisqu'ils me tenaient enfin et que, d'après ma Carte Vitale et mon dossier CMU, j'y avais échappé jusque-là, me contraindre à ce contrôle technique que les immondes gouvernants socialistes ont rendu obligatoire à mon âge : le toucher rectal annuel. J'émis un nouveau refus catégorique, et de ma main valide je repoussai leurs assauts avec une ardeur augmentée par l'irritation de ne pas pouvoir fumer sur le billard et d'avoir été délesté du Extinction de Thomas Bernhard que j'avais emporté pour patienter en salle d'attente. La bonne femme prit une baffe tandis que son gros fessier évita de justesse mon coup de soulier "où je pense", et son collègue feinta mon coup de boule mais pas mon coup de genoux dans les organes uro-génitaux. 


Tandis que le boucher-charcutier Podalydes allait chercher un vigile ou une camisole de force, la bouchère-charcutière Angot, furibarde, entreprit alors, sans pratiquer aucune anesthésie et avec une brutalité éloquente, de me poser des attelles, tout en déblatérant des couplets moraux et me soupçonnant d'avoir été puni pour avoir levé la main sur une femme. 


Comme je lui demandais dans combien de temps j'allais pouvoir retaper à la machine et rejouer de la guitare, puisque ce sont à peu près, à part des cigarettes et du café, les seules choses un peu concrètes que je fais dans ma vie, elle répondit que c'était si peu demain la veille que je pouvais faire une croix dessus définitivement et que ce serait un bienfait pour la littérature et la musique. Puis, ricanante, elle me congédia tout en m'expliquant que je faisais partie des statistiques en rouge de la population à risques et que je l'avais bien cherché et que si la Sécu était en déficit c'était à cause de négligents dans mon genre, et autres couplets moraux. Alors elle dressa en guise de salut le majeur qu'elle n'avait pas pu me fourrer quelque part.

Quelques semaines plus tard, après m'avoir fait poireauter quatre heures dans l'antichambre de son cabinet, le patron du Service Orthopédie, parfait sosie de l'effarant André Dussolier m'engueula d'entrée : comment avais-je pu me laisser poser des attelles à l'envers ? D'après lui, c'était bien fait pour moi. Je n'avais qu'à être attentif. Je renonçai à lui expliquer la vengeance de la bouchère-charcutière. Libérés de leur piège mes doigts ankylosés pendouillèrent comme avant. "Va falloir tout recasser !" dit-il avec gourmandise. "Au marteau ?" ai-je demandé. "En chirurgie ça porte un autre nom mais on peut dire cela comme ça." 


C'est alors que j'aperçus, sur une étagère de son cabinet, le bon vieux volume Extinction de Thomas Bernhard dont j'avais été délesté quelques mois plus tôt par ses collègues subalternes des Urgences. Et tandis que le chef du service Orthopédie me refixait une attelle à l'endroit cette fois-ci, je regardais le bouquin jusqu'à l'hypnose, histoire de penser à autre chose et de trouver le moyen de le récupérer.

Quand il eut fini, je n'ai pas pris de gants finalement pour le lui réclamer en expliquant que j'en étais le propriétaire et que j'en avais été délesté par le sosie du Podalydes et la sosie de la Angot. À ma grande surprise, l'effarant Dussolier se précipita vers le rayon, attrapa Extinction et le fourra dans ma musette béante sur le bureau en me disant : "C'est donc à vous cette saloperie, cela fait des mois qu'il traine ici. " Le volume était effectivement dans un état lamentable qui témoignait de mes nombreuses relectures. Mes traces de doigts sur le beurre frais de la couverture portèrent ma mélancolie au climax. Désormais pour tourner les pages d'une seule main, ce serait chaque fois une délicate manœuvre.

Comme c'était fini, je n'ai pas demandé mon reste et j'ai fui à grandes jambes vers ma tanière. La nuit était déjà tombée aussi sûrement qu'aussitôt arrivé, soulagé de sortir de ce cauchemar, j'allais tomber de sommeil tout habillé sur mon Bultex. 

Je n'ai réalisé qu'au réveil que quelque chose n'allait pas : le compétent patron du service Orthopédie avait en effet posé l'attelle certes à l'endroit mais sur ma main droite, la seule valide !, et c'est sans pouvoir faire un brin de toilette et me peigner harmonieusement, ni rouler une clope, ni percoler un café, ni donner un tour de clé que j'ai dû reprendre le chemin de l'enfer. Où je tombai cette fois-ci sur le sosie du François Cluzet et la sosie de la Virginie Despentes.

L. Watt-Owen


mercredi 7 février 2018

mardi 6 février 2018

"Tels sont notre existence, notre cauchemar…"

Thomas Bernhard capturé par La Main de singe 









"Notre vie durant, nous remettons à plus tard les grandes questions jusqu'à ce qu'elles soient devenues une montagne de questions et nous assombrissent. Mais alors il est trop tard. Nous devrions avoir le courage (envers ceux que nous devons interroger comme envers nous-mêmes) de les tourmenter sans ménagements, inexorablement, de questions, nous devrions ne pas les épargner, ne pas  les tromper en les épargnant. Nous regrettons tout ce que nous n'avons pas demandé quand celui qu'il faut interroger n'a plus d'oreille pour ces questions, quand il est déjà mort. Cependant, eussions-nous posé toutes les questions, aurions-nous une seule réponse ? Nous n'acceptons pas la réponse, nous n'acceptons aucune réponse, nous ne le pouvons pas, nous n'en avons pas le droit, telle est notre disposition affective et intellectuelle, tel est notre ridicule système, tels sont notre existence, notre cauchemar."

Thomas Bernhard, Le Froid

lundi 5 février 2018

"La quantité de livres qui ne me disent rien…"


"Je suis renversé par la quantité de livres qui ne me disent rien, qui ne me regardent pas, et auxquels il m'est impossible de reconnaître une valeur objective. Je sais qu'ils n'auraient pas dû être écrits."

Cioran, Cahiers

Dessin de Gary Larson ©

" Il neige. Toute mon enfance afflue à la surface de ma conscience.
Hier, au marché, j'ai entendu ce dialogue : 
— Il fait froid. 
— Cela ne fait rien. Pourvu qu'il ne neige pas.
Décidément, je ne suis pas d'ici."

Cioran, Cahiers

dimanche 4 février 2018

"Je suis fait pour la réclusion monastique"


Paul Rockett : Glenn Gould’s Hands, 1956







(On peut sauter directement à 0.45mn pour voir 
le phénomène faire son numéro, avec la voix de Donald !)



Video : Glenn Gould compositeur :
String Quartet Op.1 / Alcan Quartet


"Je suis fait pour la réclusion monastique."

***
"Je ne connais pas la proportion exacte mais j'ai toujours pensé que pour chaque heure passée en compagnie d'êtres humains, il fallait X heures passées tout seul. Ce qu'est X, je n'en sais rien, peut-être quelque chose comme deux heures et sept huitièmes ou sept heures et deux huitièmes mais en tout cas c'est beaucoup beaucoup de temps."
***
"Il me semblait que tout le monde partageait ma passion pour les ciels nuageux. Quel choc quand j'ai compris que certaines personnes préféraient le soleil !"
***
"Un jour j'écrirai ma biographie, qui sera certainement fictive."
***
"Le rapport entre artiste et auditeur devrait être, selon moi, un rapport de un à zéro." 
***
"Je n’aime pas des mots tels "artiste" et "public" et leurs implications hiérarchiques." 
***
"L’artiste devrait pouvoir jouir de l’anonymat, ignorant de la soi-disant demande du marché. Il ferait contact à un niveau bien plus significatif."
Glenn Gould

Bonus ici

"(…) Au fond, nous voulons être piano, dit-il, non pas homme mais piano, nous fuyons l'homme que nous sommes pour devenir entièrement piano, et pourtant cela échoue nécessairement, et pourtant nous ne voulons pas y croire, c'est lui qui parle. L'interprète au piano (il ne disait jamais pianiste !) est celui qui veut être piano, et je me dis d'ailleurs chaque jour, au réveil, que je veux être le Steinway, non point l'homme qui joue sur le Steinway, c'est le Steinway lui-même que je veux être. Parfois nous sommes proches de cet idéal, dit-il, très proches, spécialement quand nous croyons que nous sommes d'ores et déjà fous, quasiment sur le chemin de cette démence que nous craignions plus que tout au monde. (…)"
Thomas Bernhard, Le Naufragé







jeudi 1 février 2018

"Rien de plus méprisable…"

L'avenant Arno Schmidt saisi sur le vif par sa femme Alice
© Arno Schmidt Stiftung, Bargfeld


"Rien de plus méprisable que des journalistes qui aiment leur métier (à part les avocats bien-sûr !)"
Arno Schmidt
Miroirs noirs
traduction
Claude Riehl

mercredi 31 janvier 2018

"Leur énergie me dépasse…"

© Bill Domonkos

"Ce que je comprends de moins en moins, ce sont les natures fortes, généreuses, fécondes, en perpétuelle émanation, toujours contentes de produire, de se manifester, d'être. Leur énergie me dépasse, mais je ne la leur envie pas. Elles ne savent pas ce qu'elles font…"

Cioran, Cahiers
Dessin de Gary Larson ©
BONUS : du Gary Larson à foison !!!!!

mardi 30 janvier 2018

"La grande fatigue de l'existence humaine…"


"La grande fatigue de l'existence humaine n'est peut-être en somme que cet énorme mal qu'on se donne pour demeurer vingt ans, quarante ans, davantage, raisonnable, pour ne pas être simplement, profondément soi-même, c'est-à-dire immonde, atroce, absurde. Cauchemar d'avoir à présenter toujours comme un petit idéal universel, surhomme du matin au soir, le sous-homme claudicant qu'on nous a donné. "
Louis-Ferdinand Céline
Voyage au bout de la nuit