mardi 22 décembre 2015

Strictement rien…




On me demande ce qui m'arrive, ce que je peux bien faire…

Il ne m'arrive strictement rien, puisque je m'y ingénie.
Je ne fais strictement rien.
Je ne change strictement rien à mes bonnes vieilles habitudes, qui sont la garantie de mon confort.
Comme tout le reste de l'année, j'hiberne.
Je me tiens, dans ma tanière, le plus loin possible de tout et de tous. Je calfeutre mon incognito, renforce l'étanchéité de mon terrier, chasse toute lubie de projet et de programme, je m'épargne toute obligation, renâcle d'avance au moindre déplacement et me tiens, sans plus aucune notion du temps ni sens de la durée, le cul sur ma chaise ou vautré sur mon canapé.
Parmi la luxuriance de mon jardin d'hiver, sous des horloges sans piles, des calendriers périmés, des images idiotes, et des murs de livres en vrac, je fume, je roupille, je lis, je regarde dans le vide, je dorlote mes bobos et contiens mes hantises, je chéris mon ennui, je chouchoute ma flemme incurable, je m'empiffre par boites entières de Ferrero Rocher offerts par une fée, je roule des cigarettes et enfume mon hypermnésie, j'apprivoise mes démons, je cultive ma nostalgie, je fais la planche dans le trou à merde, je parle à la mouche solitaire qui est mon seul témoin et la menace vainement avec le Schopenhauer quand elle me tourne autour et vient me chatouiller, je la loupe volontairement à chaque fois mais en revanche j'extermine avec le Schopenhauer la moindre idée qui me titille, je contiens la nausée que me causent mes contemporains, et me félicite de ne plus donner dans le panneau d'aucune comédie, même plus les miennes,  etc…
Je vis sans témoins ni mouchards. Je me refuse à mener quelque chose comme une existence. En somme, comme en témoigne avec éloquence, alignée en équilibre sur un rayon plus poussiéreux que les autres, la cinquantaine de beaux carnets offerts chaque année pour y tenir une sorte de journal intime, je mène la belle vie : ils sont tous vierges car elle ne saurait y être plus scrupuleusement consignée, d'avance.
Quand cela me chante je relis, ces jours, Nicolas Bouvier, Henri Calet et Robert Walser. J'ai ressorti en me frottant les mains les chroniques de Jacques Perret. La factrice doit me livrer un Bove. Sinon, les yeux fermés, j'écoute en boucle What a difference a day made, What are you doing the rest of your life et Ces petits riens. 

L. W.-O.













9 commentaires:

nos consolations a dit…

Et le Vivre Ensemble, vous en faîtes quoi, cher LWO ?

Louis Watt-Owen a dit…

Cher ami,
Ce que j'en fais du "vivre ensemble" ?
Vous aurez compris, que, comme vous sans doute, j'ai depuis belle lurette fait mienne cette formule fameuse dont je ne sais plus trop si elle sort de chez Shakespeare ou de la bouche de la pimpante Mlle Cerise dans les pubs de Groupama :
"ON VIT COMME ON RÊVE : SEUL."

Qu'on ne compte pas sur moi pour aller me frotter à la puante grégarité de mes contemporains.

L. W.-O.

nos consolations a dit…

Dommage : ne rien faire et le faire aussi bien révèle un vrai savoir vivre !

Louis Watt-Owen a dit…

Il est bien connu que les vrais misanthropes et autres farouches contempteurs de l'humanité sont les plus fréquentables des hommes, et aussi les moins emmerdants pour ne pas dire les plus drôles, car les plus vaches.
La muflerie, la goujaterie, l'hypocrisie, le manque de classe, la frime grotesque, l'absence d'humour le mauvais goût, le sinistre ou le consternant, la vulgarité et le sans gêne sont l'apanage des amis de l'homme et des militants du "vivre ensemble", qui ne manquent pas une occasion de recruter des victimes et de faire profiter tout le monde de l'aubaine de leur fréquentation.
Cioran, lui, s'avérait le plus chaleureux et rigolo des hôtes et, outre ses rares vrais amis (comme Henri Michaux et Clément Rosset), réjouissait et régalait même les plus fâcheux des dérangeurs (du genre pénible, profiteur, accablant et grande-gueule sans gêne de MM Jaccard, Matzneff & Cie).
L. W.-O.

nos consolations a dit…

J'ai fait de Cioran mon héros, à vingt ans, lorsque j'ai lu le rapprochement qu'il faisait entre un rendez-vous et une crucifixion... Ou sa vision d'une parodie de l'enfer dès qu'il mettait le nez dehors... Juste et drôle, c'est ce dont j'avais besoin pour trouver la distance nécessaire entre moi et ce monde où je ne me sentais pas de place...

Le Promeneur a dit…

Cher Singe, Cher Inconsolable,

vous m'enlevez les mots de la bouche.

L'âge venant, je réalise que la misanthropie, en plus d'être l'une des part les plus aiguës de la lucidité, et aussi une forme de délicatesse. Ceci pour paraphraser à ma manière votre conversation.

Luc-Antoine MARSILY a dit…

Vivre ensemble dans une communauté de destin (s) et un engagement citoyen éco-responsable : là, en principe, j'ai tout juste.

Me suis-je permis d'indiquer il y a quelques jours dans un touite.
Histoire d'éloigner les fâcheux qui pullulent.

Bien à vous.

Louis Watt-Owen a dit…

Bienvenue au club, cher Promeneur !
Voyez qu'entre Grands Réticents au "Vivre Ensemble" la vie est belle !
Si cette planète n'était peuplée que d'exécrateurs de toute société, elle deviendrait illico presque habitable et baisante.

Merci de votre signe et de votre chic attention à ce blog bordélique.
Et naturlich aussi pour votre propre site, qui requinque son homme.
L. Watt-Owen

Louis Watt-Owen a dit…

Cher L.-A.M.,
Bienvenue et Prosit à vous aussi cher ami corse !
Merci de votre commentaire et de votre mail matinal.

Nous ne sommes pas bézèfe dans ce pays grotesque et effarant de connerie à résister farouchement à la fois aux Agents de l'Intégration et aux Commandos de la Désintégration.

Pace et salute à vous !

L. W.-O.