mercredi 29 septembre 2010

Juvenilia


Premier cahier, 1962,  © L.W.-O. (click to enlarge)

Enfin commencé l'inventaire d'un demi-siècle de paperasses en vrac !


mardi 28 septembre 2010

Gombrowicz : "Je suis stupéfié d'avoir 5 doigts à la main."

 Mains de Witold Gombrowicz (capturées par L. W.-O.)

"Je trouve que le corps est une chose étonnante.  
Je suis stupéfié d'avoir 5 doigts à la main.  
Pourquoi 5 ?  
Pourquoi pas 3.000.700 ? "

Witold Gombrowicz

lundi 27 septembre 2010

" Un certain Gombrowicz "

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Thomas Bernhard : "(…) et il chargea son régisseur, un certain Gombrowicz, d'élaborer un plan de liquidation du domaine."

Perplexité d'Hercule

Carte, par L. Watt-Owen©, Margeride, 2007 (click to enlarge)

" Songeur, je levai le verre de Samos : huile et feu; où est passé le temps où nous déplacions encore des continents ?! "
Arno Schmidt, Continents déplacés

vendredi 24 septembre 2010

Manchette en vacances



Berneval, juillet 2008, photo L. W.-O. © Click to enlarge

Où que je passe, sinon m'arrête, j'essaye d'imaginer ce que ce serait d'habiter ici.
L. W.-O.
Journal de Jean-Patrick Manchette, © Gallimard. Click to enlarge

Manchette au boulot

TV SINGE : Deux rarissimes interviews
de Jean-Patrick Manchette.
Via INA.
Rappel : le site consacré à Jean-Patrick Manchette


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jeudi 23 septembre 2010

Promesses de singe



Outre des lunettes à ma vue, des dents, des chaussures hors de prix, j'ai plus que tout la lubie de me payer le même tracteur que mon grand-père Charles, un Fordson Dexta bleu, pour tourner en rond dans la cour, pendant des heures, comme quand j'étais môme. Aussi je prends sérieusement la résolution de me mettre enfin, dès que les effets mélancolieux de la pleine lune se dissipent (dès demain matin donc), à ces best-sellers qu'on m'a commandés. Il s'agit aussi de financer mon exil à Tristan da Cunha. Je promets donc de prendre au mot ces éditeurs qui voient en moi un écrivain. Je note tout cela ici,  faute de possèder un agenda, et ainsi, demain matin, en retombant dessus, je ne risque pas de l'oublier. L. W.-O.

Effet de la Pleine Lune

Jean Dubuffet et son singe, 1924

" Singe est une beste qui molt s'esjoit à la lune novele, et s'adolit quant ele est pleine, et est melancolieus…"

mercredi 22 septembre 2010

La promenade de Cioran


La Promenade de Cioran
photo par Louis Watt-Owen ©
Dieppe, juillet 2008
(click to enlarge)


" There is a solitude of space,
A solitude of sea,
A solitude of death, but these
Society shall be,
Compared with that profounder site,
That polar privacy,
A Soul admitted to Itself :
Finite Infinity. "

Emily Dickinson

Traduction par Patrick Reumaux


" Il y a une solitude de l'espace
Une solitude de la mer
Une solitude de la mort, mais toutes
Seront jeux de société en face
De ce site plus profond
De cette intimité polaire
Où une âme se boucle avec elle-même —
Infinité finie. "

Extrait de
LIEU-DIT
L'ÉTERNITÉ
poèmes d'Emily Dickinson
choisis, commentés et traduits
par Patrick Reumaux
édition bilingue
collection de poche Points/Seuil.

La première publication en avait paru

"Vers les vieilles lumières…"

Beckett in vivo



















Jean-Pierre Marielle, in Le Grand N'importe quoi :
"Tout jeune, je l'ai suivi longuement dans les rues de Saint-Germain, il sortait des Éditions de Minuit, rue du Dragon. Il fumait incessamment sans jamais sembler s'arrêter pour allumer une cigarette, une fumée bleue l'accompagnait, telle une divinité grecque. Ma filature timide a duré une heure ou deux, avant que j'abandonne, épuisé. C'est qu'il marchait vite. Je n'ai pas osé lui parler. Qu'est-ce que j'aurais bien pu lui dire? Que peut-on bien dire à Samuel Beckett ? « Bravo et merci pour tout? Je peux avoir un autographe? Continuez comme ça, vous nous faites rêver ?» J'ai choisi de le saluer en lui foutant la paix."

mardi 21 septembre 2010

Gueule de bois ?

Shoplifters…



Ivor Cutler : Shoplifters.

Hommage à l'inclassable Ivor Cutler, récemment disparu à l'âge de 83 ans. Né en 1923 à Glasgow, ce drôle de poète, écrivain, songwriter, "tchatcheur", improvisateur et "chanteur" écossais s'accompagnait laconiquement à l'orgue portatif. Enseignant, il se lança dans ces performances singulières dans les années 50. Nombre d'émissions radiophoniques le firent connaître. Il bluffa les Beatles qui l'embarquèrent dans leur Magical Mystery Tour et son culot dopa l'audace de nombreux expérimentateurs. Les performances burlesques et émouvantes de ce baratineur mélancolique sont assurément un remède efficace au cafard le plus noir. L. W.-O.

Liens :
Sur le même site incontournable,
la biographie et la discographie d'Ivor Cutler.
Ivor Cutler selon Wikipedia.
Une introduction à Ivor Cutler.

lundi 20 septembre 2010

"Ton cerveau n'est rien qu'un paquet d'idées écrasées à la pelle mécanique"

Deux films rares où cause et bouge l'inénarrable Bohumil Hrabal. Dont plus personne ou presque ne nous parle aujourd'hui. Y a-t-il seulement une traduction en cours ? Je mettrais mes deux gants de gorille au feu que non. Je suis très fier qu'il fût en son temps abonné à La Main de Singe.



Extrait de  Une trop bruyante solitude
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samedi 18 septembre 2010

Flaubert et Louise Colet : "Ça mitraille sec ! Ça éclabousse !"



Flaubert et Louise Colet.
"Ça mitraille sec ! Ça éclabousse !"

J'apprends via le réjouissant blog de Frédéric Schiffter, que Jean-Pierre Marielle vient de publier Le Grand n'importe quoi.
Je cours illico l'acquérir.
Et comme on me réclame d'autres vidéos mariello-flaubertiennes, je redonne celle-ci puisée dans les archives de TV Singe.

Rappel : Marielle et Flaubert sur TV Singe
Video 1
"Qu'est-ce que vous allez foutre rue  Gustave Flaubert ?!?!"
Video 2
"La vie n'est bonne qu'à condition d'en jouir !"

" Que dois-je faire ? "





CLIQUER SUR LES IMAGES POUR LES AGRANDIR

Ci-dessus, une archive de La Main de singe : le fac-similé de Que dois-je faire ?, une "histoire" d'Arno Schmidt traduite par Claude Riehl dans le N°10 de la revue, en 1994. Cette nouvelle a été reprise dans le recueil Histoires, paru aux Éditions Tristram. © Éditions Tristram.
Avis : je donnerai bientôt une plaquette bibliographique répertoriant toutes les parutions d'Arno Schmidt et Claude Riehl dans
La Main de singe. C'est si copieux que je n'en reviens pas moi-même.



(Puisqu'on me réclame les archives de la revue et du blog, je redonne ici ce billet paru voici deux ans.)

 
Dans Que dois-je faire ?, (lire ce texte ci-dessus) Arno Schmidt s'inquiète très sérieusement du phénomène mimétique de la lecture et des gros dégâts dans la population : "Lire est terrible ! (...) Ces zigomars — les auteurs — font en définitive ce qu'ils veulent avec nous." On devient ce qu'on lit, en tout cas toute lecture captivée influe puissamment sur son lecteur. C'est déjà le syndrome Bovary : empoisonnée par le baratin romantique, elle finit par voler chez Homais de quoi se tuer. Et si Flaubert avait raté son coup ? Et si sa Bovary avait intoxiqué, fait des émules plutôt qu'ouvert les yeux et dopé les jugeottes par l'exemple ridicule et tragique de cette femme plus bête que Bouvard et Pécuchet réunis ? Existe-t-il seulement des statistiques du nombre de suicides ou de mort subites chez les lectrices de la Bovary ? On serait sans doute atrocement surpris. Et le bouquin retiré fissa des programmes scolaires. Cent cinquante ans plus tard, il y aurait un nouveau procès, pour mise à l'index. 100 000 familles se constitueraient partie civile. (Mais, à part Pierre Dumayet, qui s'est jamais intéressé sérieusement aux lecteurs "amateurs" de Flaubert ?)

Plus grave ? Combien de Bovary se prennent pour Flaubert et préfèrent empoisonner les libraires avec des autofictions !?!

Le moindre battement d'ailes de ce papillon géant qu'est un livre provoque le pire.

Arno Schmidt allait même jusqu'à affirmer que la vie prétendue réelle n'est que la caricature de nos grands romans. Et ce n'était pas plus une plaisanterie que Schmidt un petit plaisantin de plus.

Bon, mais en même temps si on part comme ça pour attaquer sa journée de lecteur, eh bien on ne peut rien lire, on se méfie de tout. Même des modes d'emploi, des étiquettes, de ses propres papiers d'identité.

En d'autres termes : je n'aurais pas dû commencer ce matin par le Que dois-je faire ? d'Arno Schmidt. Car c'est maintenant une question que je vais me poser toute la journée. (Quand on commence cette petite histoire, d'abord on ne comprend pas bien le pourquoi du comment de ce titre, aux relents d'allusion léniniste. Trois minutes plus tard, après le point final, on en est bien pénétré.) Si il y a un zigomar dont il faut se méfier, car le lire peut s'avérer terrible, c'est bien Arno Schmidt. Claude Riehl, son traducteur de ce côté-ci de la ligne Siegfried, en a su quelque chose, car après en avoir bavé pendant tant d'années il a fini par y laisser sa peau.

Fort heureusement il y a un recours : la littérature technique.
Mon péché mignon. Raoul Marquis, René Champly, ou encore Péchalat. Certains me font bicher depuis quarante ans ! Et ce Schmidt, finalement, je ne le range pas dans la catégorie des romanciers mais sur le rayon des enfonceurs de clous, fileteurs, frigoristes et autres arpenteurs. Ses "romans", comme ses essais critiques, je les lis aussi comme de fiables manuels pratiques. Puisque tant de ses phrases viennent directement de cette littérature technique. J'ai même eu l'honneur de feuilleter sa collection dans sa propre bibliothèque (en pestant contre l'absence de cendrier ! Et ces non-fumeurs ! Du coup j'ai fait des cratères lunaires sur ses carpettes synthétiques et son fauteuil de skaï, sur les accoudoirs, là où il pianotait des doigts).

Je rachète toute la littérature technique que je déniche. Ou presque, car chez les revendeurs de papiers du diable ces ouvrages pour apprentis ou professionnels ne sont pas les moins onéreux.
Une E.O. de Céline vaut souvent moins qu'un vieux fascicule de Graffigny. Mon hallucinant Manuel du frigoriste m'a coûté nettement plus que le Hatteras en Hetzel non-polychrome. Et les aficionados de ces proses d'ingénieur sont nombreux et virils : combien de fois en suis-je venu au catch, contre d'épaisses brutes qui empoignaient mes trouvailles !! Il y a moins de combats d'homme pour la drouille littéraire. (Sauf peut-être dans le cabinet des curiosa, mais je ne me fourre jamais dans cette backroom !)

Quant à se mettre à imiter les fabuleux ingénieurs et les artisans efficaces et se prendre pour l'apprenti-plombier ou un ravaleur-vernisseur de bibliothèques, minute papillon ! Car je ne risque pas de courir illico chez Bricolo pour m'équiper… Car bien évidemment je ne sais plus rien faire de mes dix doigts (alors qu'à la ferme on m'a mis jusqu'à 25 ans tous les outils, et aussi toutes les armes, en main, tout appris pour survivre en parfaite autarcie : la fin du monde pouvait bien arriver). Même écrire, littérallement tracer des mots, m'est difficile, m'horripile : je tire la langue quand je pince mon bic et pris de vertige je ne quitte pas des yeux ce fil de funambule qu'est la ligne du quadrillage.

Comment ne pas faire éclater la joue inférieure de la mortaise. Dresser un poteau courbe.
Disposition d'une cheville à tire. Tracer un cadre d'huisserie à chapeau… "Dans les huisseries, il se trouve parfois des défauts sur les parties replanies du travail; ces défauts sont soit nœuds vicieux, soit gros éclat; il faut les cacher, les arranger pour qu'ils ne paraîssent point ou peu à la vue…" etc… Le Péchalat est ma bible du moment. L'idéal pour bien attaquer la journée, en panachant sa lecture avec un peu d'Écclésiaste, du Léautaud, du Frédéric Schiffter et du Baltasar Gracian. Mais gare à Schmidt au saut du lit, toujours la prudence ! Toujours la prudence avec ce Schmidt ! On est averti.



L. Watt-Owen




(click to enlarge) 
Atelier de mon oncle fossoyeur
par Louis Watt-Owen ©
Saône-&-Loire, août 2009


vendredi 17 septembre 2010

BUMP POW !



Après m'être vidé de tout mon sang, je me vide désormais de toute mon encre.
Après la rétention, la purge.
Sur fond de bande-son tonique : Bob Log.
De fait, j'ai ressorti la Stratocaster et la Dobro.
Comme grosse caisse : le postérieur des faux-culs.
Comme caisse claire : les petites têtes dures et les grandes têtes molles des écrivains.
Allez, la musique !
(Bientôt sur notre antenne)

L. W.-O.



"J'ai tendu la main aux âmes des noyés…"


In Memoriam Cioran, Dieppe, juillet 2008, par L. W.-O. © —  click to enlarge



ÉPUISEMENT

Je suis épuisé…
J'ai causé avec les arbres.
J'ai enduré la sécheresse avec les moutons.
J'ai chanté avec les oiseaux par les forêts.
J'ai aimé les filles du village.
J'ai soutenu là-haut le regard du soleil.
J'ai vu la mer.
J'ai bossé avec le potier.
J'ai bouffé la poussière du chemin.
J'ai vu les fleurs de la mélancolie
proliférer sur la terre des aïeux.
J'ai vu la mort dans les yeux de l'ami.
J'ai tendu la main aux âmes des noyés.
Je suis épuisé…

Thomas Bernhard
,
traduction L.W.-O.

jeudi 16 septembre 2010

« Nous en avons pris peur, qui n’en aurait pas pris peur, allons… après quoi nous avons ri »



"Ton pire cheval", une "rêverie de cimetière" par zerotoutrond, découvert aujourd'hui, dont je recommande les autres videos. On y entend le "Ton pire cheval" de Sing Sing, dont je ne me lasse pas. Je recauserai de ce Sing Sing. Et d'Éloïse Decazes, avec qui il a formé le duo Arlt. Guy Darol les a longuement cuisinés, pour la Revue des Ressources, à l'occasion de la sortie de leur nouvel album, "La Langue". J'en vole un petit morceau :

" Guy Darol : Votre album est humide d’eau de pluie qui semble arroser des entrepôts plus que des villas avec vue sur mer. Dans ces conditions, la rouille l’emporte sur l’exubérante végétation. Vos textes sont écrits sur le motif ? Quel motif ?
Sing Sing : C’est intéressant, ce que vous dites. Cet album a été enregistré avec vue sur la mer, le saviez-vous ? Enfin, voilà ce qui se passe à trop faire les cons avec la voix des morts ! A quelqu’un qui trouvait les chansons parfois un peu sinistres, Eloïse répondait : « Oui mais chanter c’est une joie ». Je suis d’accord. On chante pour célébrer. Même une lamentation, quelque part, c’est une joie. Et puis ce disque, moi, je le trouve parfois rigolo. Ne serait-ce que par ce qu’il trébuche tout le temps. « Nous en avons pris peur, qui n’en aurait pas pris peur, allons… après quoi nous avons ri ».
Tenez, cette après-midi, nous visitions les grottes de Vallorbe, dans le Jura, et je me disais que ça ferait un beau disque, tous ces drapés minéraux, ces stalactites, ces stalagmites, ces lacs d’émeraude avec des reflets changeants. Et puis ces dédales, cet inconfort et l’esprit d’aventure qui nait d’avoir à avancer là-dedans. Le vrombissement sourd, aussi, le côté cradingue et féerique, la mémoire immémoriale, toutes ces beautés dues aux accidents et au hasard. Et la main de l’homme qui finalement a rendu tout ça praticable… En ce qui concerne les textes, la plupart du temps, pas mal de choses s’amassent en marchant… souvent en rond. Je ne note rien ou presque. J’oublie. Ce qui me revient plus tard, en jouant de la guitare, je l’ajuste au rythme, à la mélodie, je le remonte d’oreille, avec d’autres choses. Avec ce qui se surajoute sur le moment, ou bien des trucs plus ou moins fauchés ailleurs, notamment dans la conversation d’Eloïse. Je ne sais pas d’avance de quoi je veux parler. Un peu pompeusement, je dirais qu’on court après des épiphanies. Ce n’est pas le sujet qui nous importe en premier lieu mais le caractère magnétique de la phrase et de ce qu’elle fait en bouche. Ce qui nous intéresse, c’est la voix, la réaction chimique des deux voix entre elles et avec la phrase. Après, littéralement, il semblerait qu’il soit souvent question d’os, de catastrophes imaginaires, de désir plus ou moins anxieux et que ce soit plein de paradoxes un peu couillons. Je ne sais pas ce qu’il faut en conclure.…" (lire la suite)


mercredi 15 septembre 2010

"Je suis ton cheval quotidien"


"Je ne suis fort qu'aux yeux des autres
Je ne suis faible que pour rire
Je suis ton cheval quotidien"
Louis Scutenaire
Mes Inscriptions 1964/1973

France-Culture : exit Pascale Casanova et son Atelier Littéraire !!!


J'apprends à l'instant (via le Tiers-Livre de François Bon) cette bien mauvaise nouvelle : l'émission L'Atelier littéraire (ex-Jeudis et Mardis Littéraires) a été supprimée en cette rentrée par France-Culture et sa productrice Pascale Casanova remerciée sans ménagement.
Ayant collaboré pendant plusieurs années à cette émission à l'invitation de Pascale, j'en dirai plus un peu plus tard, le temps de me renseigner et de rédiger quelque chose.
Pour l'instant je me contente de relayer l'information et de redonner bien volontiers ici la lettre  de protestation ci-dessous, lancée à l’initiative de Xavier Person, Patrick Kechichian et Aurélie Djian,  refusée par Le Monde et par Libération, et publiée en ligne par Mediapart, signée de nombreux auteurs et collaborateurs. On lira également ce qu'en dit ACRIMED.

“ Pascale Casanova, apprend-on, vient d'être licenciée par Radio France « pour un désaccord concernant son contrat de travail ». Nous n'en revenons pas. L'Atelier littéraire disparaît de la grille de France-Culture, sans discussion, sans un mot prononcé, à notre connaissance, pour saluer un travail radiophonique exemplaire qui, durant près de quinze ans (les Jeudis littéraires puis Les Mardis littéraires avant L'Atelier depuis la rentrée 2009) et vingt-cinq ans d'antenne sur France-Culture, est devenue l'un des lieux les plus stimulants pour la littérature, pour une certaine idée de la littérature. Réunissant des écrivains, des critiques, des universitaires, des éditeurs, des libraires et des traducteurs, d'émission en émission, Pascale Casanova donnait à entendre une parole critique libre, un ton ou « une inflexion de voix juste », pour reprendre le mot de Julien Gracq. Nous sommes nombreux, assurément, à regretter cette disparition et à saluer la justesse, l'intensité et l'attention de cette voix. Elle va nous manquer.
L'Atelier littéraire proposait chaque semaine, non pas une table ronde de « personnalités » où chacun son tour disait « j'aime » ou « j'aime pas » suivi d'un bon mot ou d'une formule lapidaire potentiellement polémique, mais un espace critique exigeant, drôle, sensible, impertinent, ouvert au débat contradictoire, à la réflexion. Prenant au sérieux le fait littéraire et interrogeant sa modernité, dans une approche ouverte au monde. Auteur, notamment, d'un livre important, La République mondiale des Lettres, Seuil, 1999 et Points, 2008, Pascale Casanova était qualifiée pour conduire, avec ses invités, un tel débat. Son émission ne se contentait pas de diffuser l'entendu d'avance, la répétition du même, mais osait l'écart, la surprise, le questionnement. Une émission curieuse de la multiplicité des formes, des expériences littéraires. Prenant le risque du contemporain, avec toutes ses incertitudes, ses combats, ses vertiges. Qui a su découvrir ou redécouvrir nombre d'auteurs français et étrangers, souvent laissés de côté par les autres médias littéraires. Qui continuait de cultiver un certain art de la conversation, une certaine élégance. Et donnait sens encore à ce beau mot de critique, trop souvent ramené à une simple préoccupation promotionnelle. C'est tout cela qui faisait la tonalité particulière de cette voix. Nous tenions à le dire. "

SIGNATAIRES

François Bon
Eric Chevillard
Antoine Volodine
Marie Darrieussecq
Pierre Bergounioux
Jean Echenoz
Pierre Michon
Jean Rolin
Stéphane Bouquet
Jean-Charles Massera
Bertrand Leclair
Olivier Cadiot
Marianne Alphant
Christian Prigent
Jean-Baptiste Harang
Hélène Cixous
Patrick Deville
Philippe Forest
Zahia Rahmani
Nathalie Quintane
Michel Deguy
Patrick Kéchichian
Xavier Person
Tanguy Viel
Sylvie Gouttebaron
Bernard Heidsieck
Jacques Roubaud
Emmanuel Hocquard
Tiphaine Samoyault
Thomas Clerc
Yves Pagès


mardi 14 septembre 2010

IMPROVISATIONS EN ROUGE

Jean Dubuffet, Mire G 97, 1983


En crépissant aujourd'hui de mon sang frais mon appartement puis les Urgences de l'hopital et en remaquillant de ce beau rouge les patientes doctoresses penchées sur moi, je songeais à cette vidéo rare de Jean Dubuffet (sur le riche site d'archives de la Télévision Suisse Romande, que je conseille de fouiller) et à ses Bâtons rompus, relus la vieille. Moi qui voulais me remettre au dessin et à la couleur je n'imaginais certes pas que je m'y prendrais de cette façon originale. J'ai en quelque sorte mis en pratique les bons conseils de l'irréductible improvisateur. Quel beau dripping !

" Quels conseils donneriez-vous à des gens aspirant à faire des peintures ?

Jean Dubuffet : Je les encouragerais à faire des choses en très grand nombre, des travaux d'improvisations très rapides, en portant leur effort à s'éloigner de tout ce qu'ils connaissent en fait d'images, se préserver de tout mimétisme pour des images faites par d'autres qu'eux et pour toutes les normes culturelles. Je mise beaucoup sur les improvisations rapides où la délibération n'a pas eu le temps d'intervenir. " (Bâton Rompus in Prospectus et tous écrits suivants, Tome 3, page 111)

lundi 13 septembre 2010

"Plus personne, rien que la société des minutes."

Autoportrait nocturne à la montagne par Louis Watt-Owen © 2007 (click to enlarge)

"À l'extrème des nuits. Plus personne, rien que la société des minutes. Chacune fait semblant de nous tenir compagnie, et puis se sauve — désertion sur désertion."
Cioran, Cette néfaste clairvoyance.

samedi 11 septembre 2010

Retour du rédacteur

Autoportrait en cybernéticien, photo par L. Watt-Owen © 2009 (click to enlarge)

Seul son disque dur avait rendu l'âme, mais le rédacteur, lui, n'a jamais été aussi vivant, et ces semaines de vacances forcées loin de la cybernétique lui ont été extrèmement profitables. N'en déplaise à certains faux-culs qui ont trop tôt dansé sur son cadavre virtuel et pillé son sac-à-malices. On va leur servir bientôt la "douloureuse", garnie de roboratifs coups-de-pieds "où-je-pense".  L. W.-O.
Dessin de Robert Crumb

vendredi 10 septembre 2010

Motifs de mon silence

Motifs de mon silence (Chamfort), photo par L. Watt-Owen © 2010 (click to enlarge)

"Ce qui est merveilleux, c'est que chaque jour nous apporte une nouvelle raison de disparaître."
Cioran, Cette néfaste clairvoyance.