jeudi 14 février 2013

Soliloque dans une briqueterie en ruine


LECTURES INNOMMABLES / 7


Petite variante de nos lectures dites innommables, d'ordinaire strictement anonymes.

Pour faire pendant au précédent billet, voici de quoi agacer la sagacité du lecteur.
Est-ce d'Arno Schmidt (version Claude Riehl) ou de Louis Scutenaire ?
Va savoir !
Petit mélange panaché de morceaux choisis et recopiés non sans perversité par la main du singe, qui ne s'y retrouve déjà plus lui-même. Il va de soi que je ne donnerai jamais la solution. On s'en remettra à la certitude de son seul flair. Un Schmidt ou un Riehl n'auraient pas aimé qu'on leur souffle la bonne réponse ! 

Les hasards de ce cut-up (je tape ce qui me chante, piquant dans les volumes en vrac de l'un et de l'autre) font bien les choses : quel texte étonnant ! 
On l'intitulera, parce que c'est un titre vraiment chouette n'est-ce pas : 
Soliloque dans une briqueterie en ruine
On devrait le signer Arno Scut, ou Louis Schmidtenaire !
Mais la copie de cette invention n'est que l'œuvre de ce Docteur Bouvard & Mister Pécuchet, je soussigné,
L. W.-O.


Briqueterie en ruine par L. Watt-Owen © Ardennes, 2012
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Soliloque dans une briqueterie en ruine

par Arno Scut & Louis Schmidtenaire


Moi je suis pour la vengeance. Et si un clou me pique, je l'aplatis; si une pierre me navre, je l'écrase; si une patate me brûle, je pisse dessus avant de l'avaler.

Dans la nuit, dans la nuit : le vent sifflait une chanson qui se moquait de moi. Nous nous coulions en elle à pas furtifs de voleurs. Une fumée pommelée et jaune cire rampait sur un toit plat; se présentait une statue, on lui tapota les orteils. Paroles dans des vareuses rouges à carreaux noirs.

C'est une petite maison de jeu de construction, on ne sait comment on y entre.

Nos actes nous suivent et souvent même ils nous précèdent.

De minuit à minuit il n'y a pas du tout "1 jour" mais "1440 minutes" (et parmi celles-ci il y en a tout au plus 50 dignes d'intérêt!).

Je désavoue suffisamment les hommes pour espérer un refuge auprès d'eux, ces hommes que je désavoue moins parce que je les connais que parce que je me connais moi-même.

L'homme est bien plus bête qu'un géranium.

L'univers n'a pour nous qu'une limite : l'esprit humain.

On voit que l'antidote doit être à la hauteur du péril qui nous guette.

Il va sans dire : l'âge aboutit toujours davantage à un soliloque dans une briqueterie en ruine, à un mono-mimus devant un miroir onduleux.

On devient toujours plus vieux et branlant : elle, elle est pleine de santé et en voudra encore à 90 ans. Héréditaire. Et ce jour-là qui me massera le cœur, qui se penchera sur moi avec inquiétude ?

Son joli derrière monta les marches devant moi; les vigoureuses cuisses fonctionnaient terrestres : une clé pour ouvrir la chambre aux livres et une femme blanche bien découplée : que vouloir de plus quand on est un homme ?

Nous nous vîmes flous dans nos lunettes tachées.

Le portrait d'un chat est un texte.

Les aulnes entrèrent en effervescence gris-clair, bruxellèrent verts…

Gendarme en colère pue plus encore que d'ordinaire.

Humer un volume : étrange : chaque bibliothèque a son propre parfum, chaque boutique de livres anciens, auquel on la reconnait tout de suite.

Là-bas les sauts de carpe d'un ventre de fille.

Un livre fait de clins d'yeux.

J'ai des pensées fort élevées car je mesure près de deux mètres.

Elle mangeait des griottes et de loin déjà nous envoyait des pichenettes de noyaux : "Alors où qui sont tes Néanderthaliens ?"

Si seulement on était autre chose que le bouffon de la tribu; clown de la horde, auquel le chef pithécanthrope consent de temps en temps à jeter sur la poitrine un rogaton de mammouth.

Quelle preuve d'intelligence donne celui qui préfère les solutions convenant à l'état des choses à celle convenant à votre esprit !

La garde-robe d'une dame moderne tient dans une noisette.

Je n'ai jamais trouvé les exclamations des chevêches plus "inquiétantes" que les voix à la radio ou le souffle hurlant des trains de minuit long courrier.

Dès que le bonimenteur poussait sa gueulante, on entendait la sourde réponse de la foule invisible que l'apparence seule distinguait d'une quantité égale de moutons bêlants.

C'était sans doute là ma malédiction : devoir écrire sur tout.

Un judo de mots.

J'eus des amis qui m'ont fait craindre le beau ciel bleu.

Quand vous m'enfermerez, que ce soit dans une tour haute de cent mètres, sur un sommet, au bord d'un lac, au milieu d'une forêt grande.

Le crayon de charpentier entre les dents, comme une machette rougie au feu.

L'habit de deuil de la dernière nuit.

Et voilà, il mourut parmi les bardanes, par une journée splendide, dans une clarté sans pareille, au pays des oiseaux mouches.

Une fleur pour le brigand.

Merde à tout et merde à soi-même.

(Je ne suis pas plus amer qu'un appareil photographique.)

Mon corps sortit avec moi.

Arno Scut & Louis Schmidtenaire

1 commentaire:

Christophe Bouvier a dit…

Signer Arno Scut est d'une grande vraisemblance. Louis, avec sa signature, ouvrait la porte...